5ème Conférence œcuménique Européenne sur la Chine
« Diversité dans l’Unité ». Rome, 16-20 Septembre 2005
Date : 12/10/2005
Auteur : RFC
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La conférence œcuménique des Chrétiens d’Europe concernés par la Chine est organisée tous les trois ans depuis une quinzaine d’années. Les rencontres précédentes ont eu lieu en Allemagne, à Londres, en Norvège et en Irlande. L’origine de ces échanges entre catholiques et protestants d’Europe et de Chine remonte en fait au Colloque international de Louvain en septembre 1974. L’initiative en avait été prise par le groupe d’étude du marxisme chinois des Eglises luthériennes basé à Genève et le Centre catholique d’études sociologiques Pro Mundi Vita de Louvain. Ce premier colloque avait été encouragé par l’entrée de la Chine aux Nations Unies en 1971 et l’ouverture à Pékin de l’église du Nantang pour une messe catholique destinée aux étrangers présents dans la capitale.
Les animateurs catholiques et protestants d’Allemagne ont joué un rôle moteur dans l’organisation régulière de ces conférences. Le Centre catholique chinois des pères du Verbe divin à Sankt Augustin près de Cologne publie les documents des conférences œcuméniques ainsi que des rencontres entre catholiques qui leur font suite un an plus tard. La prochaine rencontre catholique aura lieu à Truggio près de Milan les 7,8 et 9 septembre 2006. Un bilan des 25 dernières années d’échanges avec les Chrétiens de Chine en sera le thème central.
A Rome, cette année, le thème central était « unité dans la diversité », ce qui permettait une grande variété de participation tout en attirant l’attention sur les voies qui mènent à l’unité d’une même foi en Jésus-Christ. Les participants étaient au nombre de 160, dont beaucoup de protestants allemands heureux sans doute de découvrir Rome et de se recueillir sur la tombe des apôtres. La célébration œcuménique la plus marquante a eu lieu en fait dans la basilique de Saint Paul Hors les Murs consacrée plus spécialement au mouvement vers l’unité. La visite des jardins du Vatican sous la direction de Mgr Celli a aussi été un heureux moment d’échanges informels.
L’ouverture du colloque a été présidée par le Cardinal Sepe, préfet de la S.C. pour l’Evangélisation. Le Cardinal Roger Etchegarray qui se tenait à ses côtés s’est ensuite adressé à l’Assemblée en un français clair et précis que plusieurs participants de Chine, de Suisse et d’Allemagne ont particulièrement apprécié. Se référant à la fois à la Chine séculaire et contemporaine, ce discours ouvrait de nombreuses pistes de réflexion : « Aujourd’hui, pour la première fois de leur histoire, les Eglises en Chine ne dépendent que d’elles-mêmes pour affronter un pouvoir séculier…Ces Eglises chrétiennes vont avoir à prendre le chemin d’un dialogue laborieux dans un pays où l’intégration des religions à l’ordre politique remonte à l’ère impériale du « mandat céleste » « Aujourd’hui, les Eglises chrétiennes partagent une mission commune face à une Chine est déchirée entre un matérialisme galopant et une idéologie claudicante »… « La crédibilité des Eglises dépend de leur unité visible ». Le cardinal a engagé les Eglises à « un sursaut olympique face aux défis gigantesques de l’humanité ». Les derniers mots de son discours ont ouvert une perspective à la mesure du continent chinois : « La Chine actuelle a son propre martyrologe, au-delà des limites de l’idéologie ou de la religion. Le pays a accumulé des énergies spirituelles typiquement chinoises. Il n’est pas douteux que ce pays ne soit disposé à s’ouvrir à la tendresse illimitée du Christ. » C’est là entre parenthèses une perspective qui dépasse et compense largement les limites du martyrologe chinois proclamé à Rome le 1er octobre 2000 et sévèrement critiqué par le gouvernement chinois.
Les deux conférences magistrales données par de grands noms des études chinoises et de la théologie n’ont pas suscité de réflexion approfondie. Le professeur Arif Dirlik des Etats-Unis a montré la diversification de la culture chinoise dans le monde actuel, mais sans tenir compte suffisamment peut-être du mouvement identitaire qui se développe en même temps en Chine même et dans la diaspora. La recherche des sources culturelles chinoises est pourtant indispensable pour mieux comprendre quel est l’apport de la Chine au monde contemporain.
En théologie, la conférence du théologien indien Felix Wilfred a laissé le public dans un certain embarras, car l’expression « théologie subalterne » pour parler d’une réflexion chrétienne au sein de la culture populaire des défavorisés de Chine et de l’Inde demanderait à être précisée concrètement. Est-ce une forme asiatique de la théologie de la libération ? Qui sont les acteurs de cette théologie ? L’intégration de la foi chrétienne dans la culture des milieux populaires ne mène-t-elle pas à la formation de sectes, comme ce fut le cas au milieu du XIXe siècle avec la révolte des Taiping inspirés par la Bible ?
Les interventions chinoises par contre ont été fort utiles pour prendre la mesure des développements actuels de la vie d’Eglise en Chine aussi bien chez les catholiques que chez les protestants. Le pasteur Wang Aiming, un universitaire de Nankin converti à la foi chrétienne se présente un peu comme l’héritier spirituel de l’évêque anglican Ding Guangxun.
Il a bénéficié d’un séjour d’études de six ans en Suisse, à Neufchâtel et à Bâle, où il s’est familiarisé avec la pensée de Hans Küng, de Liu Xiaofeng. De Paul Ricoeur, il a retenu l’intérêt d’une approche critique et herméneutique. A son retour de Chine, il est devenu doyen des études et vice président du Séminaire de théologie de Nankin. Distinguant les divers niveaux de vie d’Eglise en Chine, y compris le milieu non officiellement enregistré des « communautés de croyants », il souhaite œuvrer à la construction d’une Eglise unifiée qui s’inscrirait bien dans le cadre de la « société harmonieuse » préconisée par le président Hu Jintao. Cette référence politique sous entendue aussi bien que la méthode théologique critique sont loin d’obtenir tous les suffrages comme en témoignent certaines réactions assez vives au cours du colloque de Rome. Il peut s’agir d’ailleurs de conflits de pouvoir larvés comme il en existe d’ailleurs dans l’Eglise catholique.
La présentation de la vie catholique en Chine a été faite par le père Yang Xiaoting du diocèse de Zhouzhi, province du Shaanxi. Le père Yang Xiaoting a derrière lui 5 ans d’études à Rome suivis de 3 ans d’études sociologiques aux Etats-Unis. Dans son diocèse, il s’efforce de développer la formation des laïcs chrétiens. Son approche sociologique de la vie d’Eglise lui permet de dépasser l’opposition commune mais trompeuse entre « officiels » et « clandestins ». Parmi les « patriotiques », il distingue deux groupes : d’une part quelques uns qui pour faire preuve de zèle ont acquis des positions de pouvoir et veulent contrôler l’Eglise en proclamant leur indépendance de Rome, d’autre part la foule de ceux qui veulent maintenir leur fidélité au Saint Siège tout en se montrant bon citoyens. Il reconnaît par ailleurs le rôle prophétique joué par les clandestins qui proclament ouvertement leur fidélité indéfectible au Saint Siège. Ces conflits dus à la pression politique des 50 dernières années lui paraissent d’ailleurs secondaires. Il porte l’attention sur les manifestations concrètes de la vie d’Eglise et distingue six modèles qu’il juge d’ailleurs complémentaires et tous indispensables :
« structure légale » de ceux qui se déclarent catholiques romains bien distincts du milieu païen.
« harmonie mystique » d’une communauté de croyants unis à la Sainte Trinité.
« sacramentelle » chez ceux qui veulent demeurer catholiques tout en étant bons citoyens.
« évangélique » de ceux qui s’inspirent de la Bible et vivent une Eglise « Peuple de Dieu ».
« servante du monde » pour ceux qui vivent leur foi en s’engageant dans des service sociaux.
« société apostolique » chez ceux qui vivent une vie consacrée comme les apôtres de Jésus.
Catholiques et protestants de Chine ont présenté la vie de leur Eglise de façon indépendante sans parler de développement œcuménique entre eux, ce qui n’est pas surprenant dans un pays où l’Etat classifie catholicisme et protestantisme comme deux religions différentes, ceci d’ailleurs en ignorant l’existence de l’orthodoxie. Le clergé orthodoxe était pourtant bien présent au colloque de Rome avec le père Dionisy Pozdyaev, son assistant Dimitry Petrovsky et le métropolite de Hongkong Nikitas Lulias. Lorsque les séminaristes chinois en formation à Moscou seront ordonnés prêtres, la liturgie orthodoxe devrait pouvoir retrouver sa place en Chine. Les échanges oecuméniques sont par contre fort développés à Hongkong. M. Anthony Lam du Centre du Saint Esprit a présenté de nombreux témoignages de coopération non seulement entre chrétiens mais aussi avec les autres grandes religions asiatiques pour la solution de problèmes sociaux et le développement d’une vie démocratique.
Les protestants de Chine souhaitent se libérer des fardeaux de l’histoire occidentale où se sont développés les conflits entre Eglises. Ils envisagent un avenir commun de leurs diverses confessions tout en gardant l’héritage spirituel des grands réformateurs. Ils se rapprochent ainsi de l’unité catholique. De leur côté, les catholiques animés par de jeunes prêtres et religieuses, souhaitent mettre en œuvre une vie d’Eglise inspirée du dynamisme des protestants. Groupes de lecture de la Bible, hymnes populaires empruntés aux protestants, liens amicaux avec des pasteurs, absence de polémique, autant de facteurs favorisant un rapprochement. L’obstacle principal à une prière commune est peut-être la différence des vocabulaires religieux, à commencer par le nom de Dieu que les protestants appellent « Shangdi » et les catholiques « Tianzhu ». Les protestants s’appellent Jidujiao, la religion du Christ, ce qui fait en anglais « christians ». Le pasteur Wang Aiming peut ainsi plaisanter que « les catholiques ne sont pas chrétiens » (christians). Ce qui effectivement peut paraître évident au commun des mortels chinois. Durant le colloque de Rome, le père Marc Fang,SJ, bibliste de l’université Fujen de Taipei, a présenté douze années d’efforts conjoints, soit 41 sessions de 1987 à 1999 pour parvenir à une traduction commune de la Bible. En 1994, 16 livres du Nouveau Testament avaient été traduits et révisés. A partir de l’an 2000, les sessions de travail ont cessé. La traduction catholique de la Bible est tributaire du latin et la traduction protestante est tributaire de l’anglais.