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Colloque Chine des Catholiques d’Europe à Triuggio (06-10 septembre 2006)

Le Colloque des Catholiques d’Europe concernés par la Chine prend place depuis une vingtaine d’années un an après un colloque œcuménique européen sur la Chine. La 5ème conférence œcuménique européenne sur la Chine a eu lieu en septembre 2005 à Rome (cf. Zhonglian N°117).

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Les catholiques se sont assemblés à leur tour à Triuggio dans la banlieue nord de Milan. Le P. Giancarlo Politi P.I.M.E. a réalisé le tour de force de rassembler plus de 160 participants dans la vaste villa du Sacré Cœur, un superbe domaine isolé sur une pente verdoyante, et de les atteler à un travail très dense de trois jours. Il s’agissait de faire le bilan des 25 années d’échanges entre les catholiques d’Europe et la Chine. Nous nous sommes mis d’abord à l’écoute des chinois eux-mêmes et leur témoignage a été saisissant.

 

M. Anthony Lam : restaurer la hiérarchie catholique chinoise

 

Anthony Lam fait un travail d’expert depuis 25 ans au Centre d’études du St Esprit à Hongkong. Anthony rappelle que la hiérarchie catholique a été établie en Chine en 1946 quand une centaine de vicariats apostoliques sont devenus des diocèses à part entière. Vingt régions ecclésiastiques ont été créées à l’époque, chacune présidée par un archevêque. Cette hiérarchie n’a jamais été interrompue comme le prouvent certaines nominations romaines des années 1980. Les évêques sont les ordinaires du lieu et non des titulaires. Rome a tenu aussi à souligner le rôle des archevêques. C’est ainsi que le Pape Jean Paul II a nommé Mgr Dominique Tang archevêque de Canton en 1981. Il semble important aujourd’hui de remettre en valeur l’autorité des archevêques qui peuvent éventuellement jouer un rôle d’arbitre dans leurs diocèses suffragants et veiller à l’exercice de fonctions épiscopales dans les diocèses de leur circonscription où il n’y a pas d’évêque mais seulement des « chefs de diocèses ». Anthony Lam mentionne le bon fonctionnement actuel d’au moins dix archevêques métropolitains. Mgr Li Du’an, archevêque de Xi’an, a su porter le souci des diocèses voisin dans la province du Shaanxi.
Anthony aborde ensuite la question des nouvelles divisions territoriales de diocèse et des difficultés pastorales qui s’ensuivent. Ce problème sera exposé avec plus de précision et de clarté par le P. J.B. Zhang Guanglai grâce à un brillant montage Power Point.
Anthony Lam apporte des précisions fort utiles sur le problème des propriétés d’Eglise et de leur restitution partielle. La croissance économique accélérée dans les zones urbaines crée de nouveaux problèmes car des propriétés immobilières appartenant autrefois à l’Eglise sont aujourd’hui vendues avec grand profit à des promoteurs. Ces propriétés ont été confisquées par l’Etat et transférées à des services publics dans les premières années 1950. Aucune disposition légale n’a justifié ce transfert. Dans quelle mesure l’Eglise peut-elle revendiquer la propriété d’hôpitaux ou d’écoles qui sont gérées par les pouvoirs publics depuis plus de 50 ans ?  La tentative des religieuses de Xi’an pour recouvrer la propriété de leur école en novembre 2005 s’est soldée par un incident tragique. Les soeurs ont été sauvagement battues par des voyous. Deux d’entre elles ont été grièvement blessées.
P. Jean Baptiste Zhang : refondre la carte des diocèses de Chine  

 

Formé aux Philippines, J.B. Zhang est directeur du journal catholique « la Foi » et du Secours catholique chinois. Il réside à Shijiazhuang , capitale du Hebei.(www.chinacatholic.org)
Jean Baptiste Zhang, grâce à une présentation Power Point, fait un exposé rapide mais clair et précis de la situation complexe des diocèses de Chine aujourd’hui. Il note d’abord comment les divisions de diocèses ont évolué avant le régime actuel en fonction de la croissance de la population catholique et aussi de l’entrée en jeu de nouveaux instituts missionnaires. Le problème est que les divisions de diocèses ont été pratiquement gelées par Rome depuis un demi siècle faute de dialogue avec le gouvernement chinois. Mais les 50 années passées ont vu un développement considérable des structures administratives chinoises avec de nouveaux centres urbains et de nouvelles voies de communication. Pour faciliter les relations avec l’administration civile, l’Eglise en Chine a dû retracer à plusieurs reprises les limites de ses diocèses. Il y a eu également regroupement de diocèses là où le petit nombre de prêtres ne justifiait pas l’existence d’un diocèse. Suivant les chiffres donnés par Anthony Lam. Les ‘anciens diocèses’ établis par Rome en 1946 étaient au nombre de 137. En 1998, la Conférence épiscopale chinoise officielle, approuvée par le gouvernement mais non par Rome, établissait 115 diocèses. A la suite de révisions récentes le nombre de diocèses est tombé 97. Tout en essayant de s’adapter aux nouvelles divisions souvent plus pratiques et de toutes façons voulues par le gouvernement, évêques et prêtres doivent encore veiller au soin pastoral de régions habituellement desservies par eux. Les communautés catholiques  ‘clandestines’ restent généralement attachées aux diocèses encore reconnus légalement par Rome. Elles risquent ainsi d’être de plus en plus dépourvues d’évêques et isolées de la vie générale de l’Eglise car Rome ne souhaite pas multiplier les évêques hors du contexte administratif chinois actuel. Une entente entre Rome et le gouvernement chinois sur ce sujet ne nécessite pas forcément des relations diplomatiques. Comme le Père Malek, SVD, le notera dans son intervention du 9 septembre, des relations ‘de facto’ sinon ‘de jure’ ont été autorisées par le gouvernement chinois et il est souhaitable que Rome sache en discerner la valeur positive. Les nominations d’évêques relèvent d’ailleurs du Saint Siège et non de la Cité du vatican. Elles ont un intérêt religieux et pastoral et le gouvernement chinois n’a pas à en craindre l’impact politique.

 

Laura Chao : théologie informatisée pour les internautes de Chine

 

Hongkong, séminaire du Saint Esprit, coordinatrice du programme de formation théologique informatisé pour l’obtention d’un baccalauréat en sciences religieuses (BRS).
Ce programme étalé sur 4 ans à mi-temps intéresse surtout les laïcs. 48 sujets sont traités .Tous les cours sont affiliés à l’Université pontificale urbanienne de Rome qui décerne les diplômes. Destiné d’abord aux laïcs de Hongkong, ce cours vise aujourd’hui un public chinois plus vaste. Les présentations ont dû s’adapter aux étudiants du continent qui ne disposent guère de matériau de référence. Il a fallu également faire preuve d’une grande discrétion de façon à éviter le blocage du site, une mesure fréquente en Chine. Aujourd’hui les étudiants inscrits pour le cours sur Internet sont 200, dont 90% du continent chinois. Ceux-ci peuvent librement copier et diffuser le contenu du cours, si bien que les lecteurs invisibles sont sans doute beaucoup plus nombreux. Ils profitent des enseignements sans pour autant être inscrits en vue du diplôme.

 

Cao Xue : formation biblique chez les plus pauvres

 

Fervente catholique de Jilin, fait le point de sa campagne d’initiation des fidèles à la Bible : « La traduction chinoise de la Bible pastorale a été réalisée à Manille et Taiwan de 1991 à 1997 par une équipe de cinq chinoises sous la supervision du P. Bernard Hurault. Après l’imprimatur donné par le diocèse de Hongkong et deux années de négociations avec les autorités catholiques du continent, la Bible a pu être imprimée à 50.000 exemplaires par les presses Amity de Nankin en janvier 2000. Restait à la distribuer...
« Jetant un coup d’œil sur les cinq dernières années, je peux distinguer trois étapes dans le travail de distribution :
1)                 Visites locales : la nouvelle édition de la Bible n’était pas connue. Là où elle était connue, personne n’était préparé à en faire usage. L’esprit de Vatican II n’était pas encore assimilé. Lire la Bible et partager cette source de vie dans les communautés de laïcs était une expérience encore inconnue. En outre, de nombreuses paroisses étaient trop pauvres pour acheter les livres. Par dessus tout, les fidèles n’avaient aucune formation biblique. La structure d’Eglise était encore du vieux style, la responsabilité étant consacrée dans la seule personne du curé. Nous avons fait de notre mieux pour convaincre les curés de laisser les laïcs partager la Bible entre eux. Nous en sommes pleinement convaincus, pour que nos communautés chrétiennes vivent en corps du Christ. Nous devons fonder nos vies sur la Parole de Dieu. Nous n’avons pas d’autre source de vie que la Parole de Dieu. Nous n’avons pas d’autre sagesse que la sagesse de Dieu. Nous n’avons pas d’autre vérité que Jésus-Christ, notre Sauveur, le Fils de Dieu incarné parmi nous.
2)                 Utiliser la Bible pastorale. Pour convaincre les paroisses de recevoir les bibles, nous n’avons pas exigé de paiement immédiat. Dans la lointaine province du Gansu, constatant le désir de s’initier à la Bible, nous avons fourni dix mille exemplaires pour les trois diocèses de Lanzhou, Tianshui et Pingliang. J’ai répondu à leur invitation de diriger un cours de formation biblique de base pour tous les prêtres et toutes les religieuses de ces trois diocèses. Puis, les dix mille exemplaires étant distribués, un petit mouvement biblique a été lancé dans chaque localité. Malheureusement, ils ne parvinrent jamais à payer leur dette pour de nombreuses raisons incontrôlables. Mais l’important, c’est que dix mille Bibles avaient atteint les plus pauvres et qu’ils s’en servaient.
Grâce à la générosité de donateurs, la distribution de Bibles a pu être poursuivie et augmentée. 23.000 exemplaires ont pu être diffusés dans toute la Chine entre 2000 et 2005.
3)                 Formation biblique. « Le travail de formation biblique est devenu le centre de nos préoccupations en 2003. Des appels nous reviennent de partout pour demander une initiation à la Bible. C’était une tâche terrifiante. Mais nous avions confiance en l’Esprit Saint. Je me rappelle encore comment nous avons conduit nos premiers cours. Nous avons prié intensément l’Esprit Saint, lui demandant de nous indiquer comment inspirer le groupe et quel choix de textes bibliques nous devions faire. Dans la province du Shandong, diocèse de Linyi, je fus invitée à donner un cours de 7 jours à trois cents participants. Agés de 10 à 70 ans ils venaient tous de la campagne. Grâce à une forte présence du Saint Esprit, nous avons connu des journées chargées mais satisfaisantes avec eux tous. Nous avons appris à coopérer à l’intérieur de la communauté catholique. C’était nouveau pour la plupart. Nous nous sommes réconciliés avec Dieu et entre nous suivant les directives des textes bibliques (Luc 15, Mt 18,etc.). Nous avons été renforcés dans l’amour par la lecture de Romains 12,9-21. La nouvelle s’en répandit dans les diocèses. Appels téléphoniques et invitations se multiplièrent. Nous avons créé de nombreux groupes charismatiques pour prier et animer les divers groupes…
Le travail de formation biblique a aidé de nombreuses communautés à découvrir un Jésus vivant et ressuscité parmi eux…Dans certaines paroisses, après dix ou quinze jours de formation biblique, quelques participants non chrétiens s’en trouvèrent déjà transformés au point qu’à la fin du cours ils furent baptisés et accueillis dans les communautés. Ce fut une explosion de joie pour tous les participants et une grande célébration.

 

P. Steven Chen Ruixue : service social dans le diocèse de Xi’an

 

« Depuis la politique chinoise d’ouverture et de réforme des années 1980, de plus en plus d’agents d’organisations catholiques de service social sont venus de divers pays à Xi’an, ancienne capitale de la Chine et base de départ de la Route de la soie. Au début nos services visaient surtout les villages catholiques, les aidant à ouvrir des cliniques et fournissant des bourses d’étude aux jeunes des familles pauvres…Les activités sociales de l’Eglise bénéficiant d’une plus grande liberté et en raison du nombre croissant des projets de services sociaux en collaboration avec des organisations d’outre-mer, notre évêque bien aimé le regretté Mgr Li Du’an m’a placé en charge des programmes de service social dans le cadre du diocèse. C’est ainsi qu’aidé par Mme Theresa Yeung – Caritas Hongkong, Messieurs Michael Busgen et Michael Kropp de Misereor Allemagne et sous la direction de Mgr Li Du’an, j’ai ouvert le Catholic Social Service Office en 2001 et l’ai développé dès 2002 en un Centre de service social animé par 14 permanents. Le personnel est formé de deux religieuses Franciscaines missionnaires du Sacré Cœur et de laïcs diplômés d’Université qui sont pénétrés des enseignements sociaux de l’Eglise et engagés au service des pauvres, ardents au service du Christ chez les marginaux.
Notre travail comporte deux aspects :
1)                 Soutien des organismes d’Eglise engagés dans les services sociaux.
« Nous avons dans la province du Shaanxi 8 diocèses avec 290 prêtres, et 650 religieuses…Depuis 1980, nous avons bâti plus de 400 églises dans toute la province. Plus de 80 cliniques et 15 jardins d’enfants sont gérés par les religieuses. Le Centre catholique de service social s’efforce d’organiser des programmes de formation pour les religieuses sur l’aide aux malades du sida, les soins médicaux en général, l’éducation spécialisée et le soin des enfants handicapés et orphelins. A l’occasion nous soutenons aussi la construction de nouvelles cliniques et jardins d’enfants.
Avec le soutien financier de l’œuvre missionnaire enfantine allemande ‘Die Sternsinger’ de Aix la chapelle, nous avons développé 8 chorales d’enfants dans les villages catholiques ces deux dernières années. Ce projet offre une chance éducative aux enfants pauvres des villages tout en enrichissant la vie paroissiale.
« Nous organisons des camps d’été avec le soutien de la communauté belge de Tibériade et nous proposons aux jeunes, prêtres et religieuses inclus, des visites de léproseries qui sont gérées dans notre province par des franciscains et franciscaines de Corée soutenus par des volontaires catholiques chinois.
« Nous avons ouvert une dizaine de mini bibliothèques dans les paroisses rurales grâce au soutien de la communauté de Taizé. Chaque bibliothèque coûte mille euros. Nous croyons que la lecture favorise la croissance des personnes. De nombreuses paroisses sont demandeuses.
2)                 Projets sociaux. :
- 800 bourses d’étude pour élèves des niveaux primaire, secondaire et universitaire.
-  Chaque année la fondation Verbiest offre des bourses d’étude à 30 prêtres et religieuses pour des cours universitaires en éducation, médecine, art, informatique, langues étrangères, psychologie, comptabilité, etc.
- « Amélioration de l’accès à l’eau pour les ruraux de la Province du Shaanxi » parrainé par Misereor pendant 4 ans. De 2003 à 2005 ce projet a aidé plus de 80 villages à résoudre leur problème d’eau au bénéfice de 240.000 personnes et 7.500 bestiaux.
- Construction de 50 écoles primaires et de petites routes, ponts, installations électriques grâce à des soutiens extérieurs divers.
-  Les dépenses médicales sont trop élevées pour le gros de la population et nous sommes impuissants à répondre aux demandes d’aide multiples.

 

Une vingtaine d’organismes catholiques de Hongkong, Taiwan, Macao et de pays étrangers nous permettent de développer ces projets grâce à leur aide financière et technique. L’élévation du niveau d’éducation et l’expérience des volontaires permettront de développer les services avec plus de ressources locales. Le gouvernement est généralement favorable à ces entreprises. Les autorités locales coopèrent et quelquefois même officialisent le lancement. Prêtres et dirigeants laïcs voient quelquefois d’un mauvais œil tant d’argent partir en affaires sociales parfois dans des villages païens alors qu’ils en auraient besoin pour restaurer l’église ou construire un presbytère. Mais beaucoup comprennent avec le Pape Benoît XVI que « pour l’Eglise, charité n’est pas une sorte d’activité de bienfaisance qui pourrait aussi bien être laissée à d’autres, mais qu’elle fait partie de sa nature, que c’est une expression indispensable de son existence même » (Deus Caritas est 25)

 

Sœur Maria Ho Ka Fong : la Vie consacrée en Chine revêt des habits neufs

 

Salésienne missionnaire, Sœur Maria Ko enseigne l’Ecriture Sainte à Rome, à Hongkong et dans les séminaires de Chine. Son manuel pour l’étude du Nouveau Testament a été publié à Shenyang.
Au colloque de Triuggio, elle donne un aperçu d’une prise de conscience plus identitaire de la vie religieuse en Chine :
« ‘Du vin nouveau dans des outres neuves’ (Mt5 :38). Cette image biblique souvent citée en Chine aujourd’hui s’applique en particulier au réveil de la vie consacrée… En 1948, il y avait en Chine 7.468 religieuses dont 5.112 chinoises. Les 2.351 étrangères ont été expulsées sou le nouveau régime communiste instauré le 1er octobre 1949. Les Communautés chinoises ont été privées de leurs œuvres et dispersées au cours des années 1950. A la suite de la nouvelle politique d’ouverture lancée en 1978, les communautés de religieuses ont pu se reformer au cours de années 1980. Les congrégations de religieuses sont aujourd’hui présentes dans 60 diocèses de Chine. Suivant les statistiques de 2004, le nombre total des religieuses est d’environ 5.200 (officielles 3.500, clandestines 1.700) et le nombre des novices de 1.600 (800 officielles et 800 clandestines). Certaines congrégations ont gardé un lien spirituel avec leur congrégation internationale, mais toutes dépendent de l’évêque local au nom du principe chinois d’indépendance totale.
« La majorité des religieuses appartiennent à de nouvelles congrégations. Elles doivent leur origine à des évêques locaux sans aucun lien avec le passé. Il leur manque une tradition de vie consacrée, un charisme clair, une mission spécifique et un esprit confirmé, mais elles sont remarquablement visibles et influentes… La vie consacrée en Chine aujourd’hui doit être nourrie de l’héritage de sainteté de l’Eglise universelle. Enraciné dans la tradition, il doit prendre un nouveau départ avec ses propres caractéristiques, créant de nouvelles traditions pour le futur, une nouvelle expérience de l’esprit…
« Le document Vita consecrata demande à tous les instituts de vie consacrée de dessiner dès que possible un ratio institutionis, c’est-à-dire une programme de formation présentant clairement et dans toutes ses étapes la voie vers une pleine maturité de foi en Jésus-Christ suivant leur charisme spécifique (68). Ceci est très nécessaire pour les religieuses en Chine aujourd’hui, d’autant plus qu’elles sont la première génération de religieuses entièrement chinoises. C’est à elles de jeter les fondements...Le programme devrait viser à une formation intégrale embrassant la croissance d’une  personnalité saine et une formation spirituelle, liturgique, théologique, culturelle adaptée à la mentalité chinoise et au fond culturel chinois. Et cette formation n’est pas seulement initiale en préparation des vœux, c’est un processus tout au long de la vie.
« Suivant le modèle missionnaire ancien, le service pastoral des religieuses était plutôt confiné au cadre de l’église : catéchisme aux femmes et aux enfants, soin de la sacristie et de l’église, ménage pour le clergé local et quelques activités lucratives telles que broder des vêtements liturgiques. Tout en poursuivant ces tâches les religieuses ont aujourd’hui des responsabilités pastorales plus étendues. Leur niveau de formation professionnelle progresse. Elles administrent de petites cliniques, des maisons de personnes âgées, des maisons pour handicapés. Certaines travaillent à des publications, d’autres occupent des postes importants dans le diocèse. Dans le domaine éducatif, elles peuvent ouvrir des jardins d’enfants, mais l’Etat se réserve l’éducation primaire et secondaire.
« Dans la culture chinoise l’autorité des femmes dans la vie publique n’est pas prise autant au sérieux que celle des hommes. En conséquence, les religieuses reçoivent moins d’attention que le clergé de la part des officiels des affaires religieuses. Elles peuvent ainsi s’engager avec les laïcs beaucoup plus directement que les membres de la hiérarchie. Dans les services sociaux, elles peuvent témoigner de ce que le christianisme a de plus beau : amour mutuel et amour des personnes dans le besoin.
« Mais le virus de l’activisme, si commun parmi les hommes et les femmes d’occident  avec l’espoir de faire carrière, ravage aussi l’Eglise chinoise et les communautés de religieuses. De nombreuses religieuses admettent leur répugnance pour la méditation et la prière ; en conséquence, elles ne voient pas leur travail comme un ministère, une mission donnée par Dieu, mais seulement comme un boulot. Les activités extérieures devraient être équilibrées par une vie intérieure profonde.
« Un autre grave problème parmi les religieuses chinoises est celui de la direction. L’idée d’autorité et d’obéissance dans la vie religieuse n’est pas toujours bien claire. Les supérieures ne sont pas toujours bien préparées quant à leur qualification humaine et spirituelle. Les jeunes générations de supérieurs chinois dans l’Eglise et les communautés religieuses doivent garder ceci en esprit : l’autorité n’est pas liée à pouvoir, privilège et prestige, mais au mystère de la croix…. »