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Décès de Mgr Maurice Couve de Murville, un ami passionné pour la Chine

Maurice était un ami de longue date...

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Maurice était un ami de longue date. Nous étions assis côte à côte au grand séminaire de Versailles pour deux années de philosophie de 1950 à 1952. Maurice, né à St Germain en Laye était d’une famille originaire de l’Ile Maurice. Il parlait naturellement français tout en ayant le style d’un gentleman britannique. Il comptait parmi ses cousins le futur garde des sceaux sous le régime du général de Gaulle. Cette famille Couve de Murville a pour trait original d’être plutôt protestante en France et catholique en Angleterre.Après 1952, nous nous sommes perdus de vue. Je suis parti faire mon service militaire en Algérie et lui a poursuivi ses études de théologie au séminaire des Carmes à l’Institut catholique de Paris. Etant entré aux Missions Etrangères de Paris, je suis parti à Singapour fin 1959 et ne me suis retrouvé de façon à peu près stable à Paris qu’à partir de septembre 1993. L’année précédente, j’avais publié chez Fayard un livre rédigé à Singapour : Histoire des Chrétiens de Chine.Surprise ! Peu après mon retour à Paris j’ai reçu un coup de téléphone de Maurice. Malgré 40 ans de silence, j’ai de suite reconnu son accent d’Outre Manche. Maurice me disait en gros : « J’ai lu ton livre. C’est passionnant. Le livre a-t-il été traduit en anglais ? » Comme je demandais de ses nouvelles, Maurice me dit qu’il était devenu archevêque de Birmingham, mais qu’il devait démissionner prochainement et qu’il aimerait éventuellement traduire mon livre. Il était par ailleurs familier des éditions Ignatius Press de San Francisco, ayant lui-même publié dans cette maison la biographie d’un apôtre franciscain de Californie. Sa proposition était bienvenue car mes tentatives de traduction et de publication en Amérique par Orbis Books avaient avorté. Maurice s’est mis au travail d’arrache-pied. A partir de 2002, il a pu travailler sur la deuxième édition du livre. Pendant plus de cinq ans, il a traduit, vérifié, consulté des sinologues, repris le texte en huit étapes. Il venait à Paris environ une semaine chaque année pour me faire relire son texte. Il n’hésitait pas à enrichir la version originelle sous prétexte que les lecteurs de langue anglaise ne connaissaient rien de la Chine et qu’il fallait apporter des précisions. Il aimait résider quelques jours à la Maison des Missions Etrangères rue du Bac. Après une ou deux heures de travail, il baillait, s’étirait, prenait volontiers un whisky. L’après-midi, il fallait s’arrêter à l’heure du thé et il aimait aller déguster un sorbet chez le glacier du coin. Le matin, il concélébrait la messe avec les prêtres asiatiques dans la chapelle des Missions Etrangères. Chacun pouvait remarquer sa calotte d’un violet tirant sur le rouge qui émergeait des têtes noires. A table, il aimait parler individuellement avec ces prêtres étudiants venus du Vietnam, de Corée, de l’Inde, de Birmanie, de Thaïlande et de Chine. Il se passionnait pour la Chine. Il souhaitait d’ailleurs que je l’y accompagne en participant à un voyage de groupe. Mais il dut abandonner ce projet, devant se faire opérer d’une prothèse à la hanche. Allant vérifier mes sources, il découvrait quantité de choses que j’avais négligé de mentionner par souci de sobriété ou parce qu’elles me semblaient aller de soi. Nous nous sommes mis d’accord pour que ses ajouts soient clairement signalés en note ou en fin de chapitre. Il a eu à cœur également de recueillir des illustrations de grand intérêt historique. C’est ainsi qu’il a fait photocopier à la bibliothèque Vaticane la lettre écrite au Pape par l’impératrice chinoise Hélène de la dynastie des Ming. Ignatius Press de San Francisco faisait également de gros efforts pour produire un travail de grande qualité.Le livre est finalement sorti en septembre 2007 sous le titre Christians in China. 60 A.D. to 2000 A.D. Maurice en a commandé cent exemplaires. Mais il y a eu un petit problème de livraison, car Maurice venait de rentrer à l’hôpital. On espérait l’en voir sortir après quelques jours. Mais une attaque l’a laissé le visage à moitié paralysé et dans l’impossibilité de parler. Il a tout de même esquissé un sourire lorsque le livre auquel il avait tant travaillé lui a été montré. Malheureusement, il ne pouvait plus lire. Son visage jaunissait. Il souffrait d’un cancer du foie. Finalement, il ne s’est pas réveillé d’un lourd sommeil.