Hongkong : la maison de Béthanie ressuscitée
D’après Kevin Kwong dans le South China Morning Post du 5 novembre 2006
Date : 07/03/2007
Auteur : Jean Charbonnier
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Hongkong fait revivre son héritage historique. Le puissant groupe APA (Academy for Performing Arts) ayant décidé en 2003 d’installer son Ecole du Film et de la Télévision dans la maison de Béthanie, ancien sanatorium des Missions étrangères, rien n’a été négligé pour restaurer cette maison et surtout la chapelle, dans son état primitif. Le directeur du projet Philip Soden déclare que cette chapelle néo-gothique construite par le Père Pierre-Marie Ousouf, MEP, est sans égale à Hongkong :
« Cet espace aux proportions parfaites, dit-il, avec ses voûtes et ses arc-boutants, nous a poussés à rechercher le plus haut degré d’exactitude historique dans sa restauration. »
La maison avait été vendue par les Missions étrangères de Paris en 1974, non sans regret, car ce lieu était riche en souvenirs dramatiques. Située à mi-pente entre la mer et les sommets de l’île, la maison était voisine de l’imprimerie de Nazareth et du grand réservoir de Pokfulam entouré de pentes verdoyantes. Les missionnaires de Chine fatigués ou malades venaient s’y reposer. Plusieurs d’entre eux y furent enterrés dans un petit ‘cimetière marin’ face à l’horizon infini de la mer. Entre 1950 et 1953, la maison vit arriver du continent chinois plus de deux cents missionnaires dans un état squelettique après avoir souffert la prison et les jugements populaires. En 1952, l’imprimerie de Nazareth fut fermée, mais Béthanie demeura maison d’accueil pour les confrères des Missions étrangères actifs dans la région. Quelques missionnaires expulsés de Chine y poursuivirent de nouvelles tâches pendant quelques années. René Sylvestre, supérieur de la maison, publiait l’illustré ‘Cœur vaillant’ en chinois (Lefeng bao). Léon Trivière observait avec précision l’évolution en Chine et publiait ces nouvelles dans le Bulletin. François Dufay publia son expérience des méthodes communistes dans son ouvrage L’Etoile contre la Croix. En 1974, la maison étant devenue trop vaste pour un usage réduit, elle fut vendue et remplacée par une demeure de taille plus modeste sur la crête montagneuse du ‘Peak’. Quelques éléments de la maison de Béthanie furent transférés dans la nouvelle maison, en particulier la belle porte d’entrée de bois sculpté et le mobilier de la chapelle.
La chapelle était peut-être la partie la plus abîmée de cette maison qui n’était plus destinée à un usage religieux. Or c’est précisément cette chapelle que le directeur du projet actuel M. Philip Soden a voulu restaurer dans son état primitif. Il s’est livré dans ce but à une véritable tâche de détective. Les 19 vitraux de la chapelle avaient disparu. Personne ne savait où ils étaient. En 2004, quelqu’un porta l’attention sur 7 vitraux dans Zetland Hall, Kennedy Road. On pouvait y remarquer des fleurs de lys, ce qui permettait de supposer qu’ils étaient d’origine française. Allait-on les copier faute d’autres indications ? Sur ces entrefaites, en juillet 2005, M. Alain Pichon, historien français, fut invité à faire une enquête aux archives des Missions étrangères à Paris et à écrire une histoire de Béthanie. Il en rapporta environ 200 photos dont quelques photos de la chapelle prises dans les années 1950 et 1960. Ces photos prouvaient de façon évidente que les vitraux de Zetland Hall provenaient bien de Béthanie.
Les douze statues d’apôtres autour du sanctuaire avaient également disparu. Le père Jean Baptiste Caminondo, procureur des Missions étrangères qui avait présidé au transfert dans la nouvelle maison, se rappela qu’il avait offert deux statues aux Sœurs de Notre-Dame des Anges. Mais aucune de ces soeurs n’en avait souvenir. Trois statues d’une taille de 90cm ont pourtant été retrouvées dans une école d’art. Elles correspondaient exactement aux statues des Saints Matthieu, Thomas et Paul autrefois dans la chapelle. Le père Caminondo se rappelait aussi en avoir offert une autre à l’architecte de la nouvelle maison en remerciement pour ses services. Après une enquête tenace, la statue de Saint Pierre a été retrouvée en Amérique chez l’architecte retraité. Une reproduction en a été faite et placée dans la chapelle. Il reste à retrouver 8 statues. Toute information serait bienvenue. Ces statues de 90cm sont montées sur une base octogonale sur laquelle est inscrit le nom latin du saint en écriture gothique.
Restait à soutirer aux missions étrangères les éléments de Béthanie intégrés à la nouvelle maison, à commencer par la porte d’entrée. Une nouvelle porte de qualité égale a été fixée sur la maison actuelle et la porte d’origine a retrouvé sa place à Béthanie. Quelques éléments de la chapelle ont pu aussi être récupérés à titre de prêt, le diocèse de Hongkong en demeurant propriétaire. Reste le tabernacle que les missionnaires aujourd’hui à Hongkong souhaitent conserver dans leur chapelle. Ils ne sont pas mécontents d’un autre côté que leur ancienne maison acquière une nouvelle notoriété. Béthanie rénovée vient d’accueillir le 8 novembre le Forum annuel de la coopération culturelle asiatique. Le cadre de l’illustre maison convenait à merveille.