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Les difficultés actuelles des Chrétiens en Chine reprennent en fait, sous une forme nouvelle, un conflit récurrent depuis plus de quatre siècles entre le message même de l’Évangile et la grande tradition culturelle chinoise.
Date : 11/05/2005
Les difficultés actuelles des Chrétiens en Chine reprennent en fait, sous une forme nouvelle, un conflit récurrent depuis plus de quatre siècles entre le message même de l’Évangile et la grande tradition culturelle chinoise.
La civilisation chinoise est quête d’harmonie entre l’homme et le ciel sous une forme rituelle très élaborée. Il y eut d’abord conflit avec les expressions culturelles étrangères du christianisme: des églises où s’assemblaient hommes et femmes; des bâtiments élevés avec des tours; une liturgie suspecte inconnue en Chine, la langue latine et des noms bibliques dépourvus de signification en chinois, etc. L’interdiction ultérieure de pratiquer les rites en l’honneur de Confucius et des ancêtres contribua à jeter le discrédit sur le christianisme. Cette directive de « l’empereur de la religion en Occident » parut d’ailleurs être une violation flagrante de la souveraineté chinoise. Plus profondément, les normes de la sagesse chinoise dans le perfectionnement de soi s’accordaient mal avec le sens chrétien du péché, de la faiblesse humaine, du pardon, avec un message de salut par grâce et non par un simple effort de perfectionnement. L’incarnation du Fils de Dieu et son sacrifice rédempteur apparaissaient comme une perte de face et la punition bien méritée d’un hors-la-loi. Le pardon des offenses en confession était jugé immoral et dangereux en tant qu’encouragement au crime; la tradition chinoise de piété filiale exige parfois la vengeance. En présentant le message chrétien dans le cadre de la tradition chinoise confucéenne, Matteo Ricci et, plus tard, l’ensemble des jésuites, misaient sans doute sur une grande tradition morale dans l’espoir de la conduire à son accomplissement en Jésus-Christ. Mais ils couraient le risque de répandre en Chine une interprétation avant tout morale du christianisme et de confirmer les intellectuels chinois dans leur suffisance culturelle. En fait la diffusion de l’Évangile se fit surtout parmi les paysans pauvres à l’écart des milieux officiels et dans un contexte de persécutions récurrentes. La méfiance des paysans catholiques pour les exigences gouvernementales dangereuses pour leur foi ne date pas d’aujourd’hui.
