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Le Confucianisme

Le confucianisme aujourd’hui n’est pas classé parmi les religions de la Chine. On considère la tradition confucéenne comme une morale humaniste plutôt que comme une religion.
Pourtant, le caractère sacré des normes morales confucéennes et la rigueur du rituel officiel apparentent le confucianisme à un culte religieux.

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1.Fond religieux

Le confucianisme comme le taoïsme sont issus d’un fond religieux commun, une même quête de la Voie de la vie, le Dao du cosmos et de la nature humaine et une maîtrise des forces obscures nuisibles à l’homme.

Souffle vital et harmonie cosmique

La Voie (Dao) de l'univers et de l'homme est passage d'un vide riche de potentialités à la plénitude des "dix mille êtres". Ce mouvement créateur se développe dans l'opposition et l'alternance complémentaires des deux principes du Yin et du Yang
Le Yijing, Livre des mutations, issu de pratiques divinatoires, présente en 64 hexagrammes toutes les combinaisons de yin et de yang représentants les divers états de la nature et du microcosme humain.
L'almanach chinois, fondé sur une longue observation du mouvement des astres et des rythmes naturels dans une société paysanne, indique les jours fastes et néfastes pour les travaux et les activités de la vie humaine.
Le calendrier lunaire , appelé aussi" l'année paysanne"sert encore de référence. Les années sont réparties en cinq cycles de douze années. Chaque année est représentée par un animal du zodiaque: rat, boeuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, mouton, singe, coq, chien, porc.
Le rituel de la vie et du travail tend à mettre l’homme en harmonie avec les lois de la nature.
Les pratiques divinatoires anciennes visaient à régler l’action de princes sur les lois du ciel.
Confucius se fera l’avocat d’un retour au rituel du royaume de Zhou comme modèle idéal de prospérité et de paix
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Culte des ancêtres et lignée familiale

Les rites funéraires ont pouvoir d'évoquer les esprits ou mânes des parents défunts. Le fils pieux fait ainsi vivre l'âme des ancêtres de la famille. Le culte est pratiqué surtout lors des fête du printemps: nouvel an et qingming. Le fils aîné préside aux enterrements et aux rites . Cette pratique rituelle a été placée ensuite sous le patronage de Confucius et codifiée dans le Livre des rites Liji. Pour assurer la continuité familiale, il est essentiel d'avoir un fils. Le principe est toujours en vigueur aujourd'hui, même si les croyances sous-jacentes sont oubliées.
La norme fondamentale de piété filiale (xiao) a été sanctionnée par Confucius comme base de la solidarité familiale et condition de la paix dans la cité.
Le principe a été durci par les commentateurs et les magistrats . La morale traditionnelle amplifie ces devoirs en véritable dévotion exemplifiée dans les "24 histoires de piété filiale".

2. Orientation morale humaniste

Cinq siècles après Confucius, l’historien Sima Qian a consigné dans son Livre d’ Histoire ( shiji ) une première biographie du maître à penser de l’Ecole confucéenne (Rujia ).
Maître Kong (551-479), Kong Fu zi, dont le nom a été latinisé par les jésuites en Confucius, est né au royaume de Lou (Shandong), d'une famille de nobles dépossédés. Il est contemporain de Platon et du Bouddha. Soucieux d'apporter à son pays paix et prospérité, il voit dans les troubles de son époque une dégradation de l'âge d'or des anciens souverains symbolisés par le Royaume de Zhou..
A 22 ans, il ouvre une école où il enseigne le savoir hérité des anciens: tir à l'arc, conduite des chars, poésie, musique, histoire, rituel, arithmétique. Il résume ainsi son programme éducatif:
"Un homme s'éveille à la lecture des odes, s'affirme par la pratique du rituel et s'accomplit dans l'harmonie de la musique" (Entretiens VIII, 8)
Il donne une orientation morale et humaniste aux rituels et croyances anciennes. Les étapes de sa vie, telles qu'il les décrit lui-même, correspondent à un itinéraire de perfectionnement moral:
" A 15 ans, je résolus d'apprendre. A 30 ans, je m'affermis dans la Voie. A 40 ans, je n'éprouvais plus aucun doute, A 50 ans, je connaissais les décrets du ciel, A 60 ans, j'avais un discernement parfait. A 70 ans, j'agissais en toute liberté, sans pour autant transgresser aucune règle" (Entretiens II, 4)
Confucius a vécu son idéal en toute simplicité et grande sincérité. La tradition confucéenne adoptée par les gouvernants tendra par contre à se scléroser en normes rigides.
La morale traditionnelle a été résumée dans "les 3 relations cardinales et les 5 vertus fondamentales": san gang wu chang.
Les san gang régissent les relations d'obéissance du fils au père, de l'épouse à son époux, du sujet au souverain.
Les wuchang sont: humanité ren, justice yi , bienséance li, sagesse zhi, sincérité xin .
ren requiert bienveillance mutelle et réciprocité, ce qui tempère les relations de soumission exigées par la piété filiale. yi signifie d'abord droiture, respect de soi, honnêteté, sans application immédiate à une justice distributive. li , le rite, demande un comportement réglementé par les convenances dans toute la vie familiale et sociale. zhi , le savoir et le fruit de l'étude ( xue) et de l'éducation. Un homme de bien est éduqué.
xin, la foi, la confiance doit compenser et intérioriser les déviations formalistes et hypocrites du rituel.
Le jeu des vertus contribue au perfectionnement de l'homme en l'harmonisant avec la loi du ciel et la société.

Le disciple de Confucius Mencius (Meng zi) donne une base philosophique aux indications pratiques du maître en montrant comment la nature humaine est fondamentalement bonne, mais doit être cultivée par l’étude. L’homme éduqué (junzi) est considéré comme bon. Le diplômé peut ainsi être tenté de marquer sa supériorité sur le vulgaire (xiao ren).
Mengzi pose également un principe démocratique de philosophie politique. Si un souverain immoral est infidèle au mandat du ciel qui lui a été confié. Son mandat peut être rompu par le peuple. C’est légitimer une révolution (ge ming).

3. Le rituel confucéen

Depuis l’adoption du confucianisme comme idéologie impériale sous les Han, l’Empereur, « fils du Ciel » doit assurer l’harmonie entre ciel et terre et présider au culte des ancêtres impériaux. Le Temple du ciel à Pékin a été à partir de la dynastie des Ming le lieu du culte impérial : danses rituelles sur la terrasse du ciel et offrande des cinq graines sous la voûte ronde symbolisant le ciel. Seul l’Empereur était habilité à offrir le sacrifice au Ciel.
L’administration impériale était sanctionnée par un rituel confucéen auquel devait participer tous les fonctionnaires. A l’occasion des examens officiels, les lettrés pratiquaient un rituel en l’honneur du Ciel et de Confucius.
Dans chaque famille, le culte des ancêtres est célébré pour le du nouvel an lunaire ou à l’occasion d’autres fêtes comme les mariages. On brûle des bâtonnets d’encens en s’inclinant devant l’autel où sont disposées les tablettes des ancêtres (lingwei).


Les Chrétiens face à la tradition confucéenne : accord et conflit.

Les missionnaires chrétiens en Chine n’ont jamais rencontré les traditions confucéennes et taoïstes à l’état pur. Quand les Chrétiens sont arrivés en Chine, ces traditions étaient déjà imprégnées de bouddhisme.

Approche amicale puis divorce

En 1583, Matteo Ricci et Ruggieri, jésuites italiens ont pu s’installer près de Canton en tant que religieux bouddhistes. Ils ont exploré les diverses traditions religieuses chinoises et Matteo Ricci a finalement opté pour un dialogue avec le confucianisme. Les jésuites à sa suite ont autorisé la pratique des rites confucéens. C’était fournir aux convertis chinois une interprétation avant tout morale de la foi chrétienne. Les lettrés chinois comprirent l’enseignement des jésuites comme une voie éthique capable d’assurer un fondement plus solide à la morale confucéenne.
D’autres missionnaires soulignant le salut par grâce et par la croix du Christ ont interdit aux convertis la pratique des rites confucéens. C’est l’origine de la trop fameuse « querelle des rites ». L’interdit romain fait aux convertis de pratiquer le rituel confucéen a confirmé le rejet officiel du christianisme et provoqué de nombreuses persécutions.
A l’époque contemporaine, certains grands convertis chinois préfèrent se rattacher à la tradition taoïste. C’était le cas du père François Houang, oratorien. D’autres ont choisi d’exprimer leur foi sous forme d’une pensée confucéenne ouverte. C’est l’itinéraire suivi par Dom Lou Tseng-tsiang dans son ouvrage La Rencontre des humanités.

Implications théologiques: L’effort confucéen d’étude et de perfectionnement de soi repose sur un grand effort de volonté sans recours à une grâce reçue d’une source transcendante. La soumission harmonieuse à la loi du Ciel est une intégration culturelle et sociale aux lois de la nature. On ne trouve pas dans cet itinéraire le réalisme du mal et du péché et encore moins une histoire de salut par grâce. Cependant la voie de la piété filiale trouve son achèvement dans la relation de Jésus à son Père. Un confucianisme ouvert y trouve un approfondissement et un achèvement de son idéal.
Les réformateurs chinois modernes ont fait une violente critique d’un confucianisme fermé, conservateur et formaliste qui légitimerait une fierté culturelle abusive, un esprit de soumission et une passivité, une justification des injustices sous le couvert des vertus. L’écrivain Lu Xun qualifie ce genre de confucianisme de « Rituel mangeur d’hommes » (chiren de lijiao). Ce confucianisme fermé a violemment fait obstacle à la diffusion de l’Evangile en Chine, condamnant le Christianisme comme « culte pervers ». En Chine comme au Vietnam et en Corée, de nombreux martyrs chrétiens ont été victimes de ce confucianisme officiel. L’Evangile témoigne en effet d’un salut par la foi en l’amour de Dieu et non pas d’un salut par la loi ou les rites.