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Le pèlerinage en Chine des directeurs français de pèlerinages 13-23/01

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La logique des pèlerinages peut mener loin. Se mettre en marche comme Abraham peut mener à la Terre promise et même au royaume céleste de Chine en attendant une poussée jusqu’au Royaume des cieux, ce que certains paraissaient redouter en prenant l’avion. Toujours est-il que M. Didier Jeffredo, directeur de l’agence BIPEL de Rennes, a su réunir en plein janvier une quinzaine de directeurs diocésains de pèlerinage pour les lancer à la découverte de la Chine. L’idée lui en est venue, nous a-t-il dit, du Cardinal Etchegarray qui voyait dans cette initiative une nouvelle voie à ouvrir entre les Catholiques de France les plus motivés et les Catholiques de Chine. La présence dans le groupe du P. Jean Paul Larvol du secrétariat de l’épiscopat donnait encore plus de poids à une équipe déjà fortement constituée de dirigeants chevronnés, familiers de l’Eglise en France. Didier Jeffredo pour sa part bénéficiait d’une expérience de plusieurs voyages en Chine au cours desquels il avait développé des liens amicaux avec un directeur de l’agence de tourisme de la province du Shandong M. Cao Chengde. Ce lien Bretagne - Shandong est particulièrement heureux : la presqu’île du Shandong est une Bretagne inversée orientée vers l’Est, avec des côtes découpées sur l’Océan Pacifique. Le Shandong est riche d’un grand patrimoine : l’héritage philosophique de Confucius, le sommet mythique du Taishan et des trésors de légendes, entre autres celle des 8 immortels de la tradition taoïste qui firent un dernier banquet bien arrosé au château de Penglai avant de flotter vers les îles des bienheureux sur un radeau magique.
Le Bretons devraient organiser des tours spécialisés au Shandong. Mais ce premier groupe voulait seulement avoir un aperçu de l’ensemble de la Chine. Ils ont surtout vu en fait une Chine glacée et ensoleillée au nord et une Chine pluvieuse et ventée dans le sud. Mais ils ont pu aussi découvrir quelques aspects du pays plus naturels qu’en été car ils n’étaient pas noyés dans le flot des touristes étrangers. Même les sites les plus célèbres étaient fréquentés avant tout par une population détendue de promeneurs locaux.
Voici quelques grandes étapes de ce périple :

Pékin, 13-16 janvier

Dès le premier jour, à partir de la place Tiananmen, nous faisons une entrée magistrale dans la cité interdite par les portails se succédant du sud au nord. La grande porte du midi étincelle d’or et de teintes fraîches vert, bleu, pourpre. Cet ensemble récemment restauré fait apparaître par contraste la pâleur vétuste des autres bâtiments. Un travail considérable reste à faire pour rafraîchir l’ensemble des palais impériaux avant la date fatidique des jeux olympiques de 2008. Au détour des palais, nous faisons la connaissance rafraîchissante d’une petite jeune fille du Sichuan qui suit notre groupe pour tenter de comprendre les explications en français. Ayant déjà appris l’anglais, elle tient à apprendre le français et elle s’exerce à le parler tant bien que mal. Tant de détermination, d’audace et de gentillesse chez une jeune d’une province lointaine ne peut que faire rêver d’un bel avenir pour le pays. L’autocar nous rejoint au-delà des douves glacées, au pied de la colline du charbon, près du lieu où l’empereur Ming se suicida en 1644. Le groupe heureux d’être assis au chaud ne tarde pas à s’endormir sur les sièges confortables et mes commentaires sur les jésuites de Chine s’évaporent dans le vide. Mais pour peu de temps, car nous entrons bientôt dans un complexe de bâtiments occupé par l’Ecole des cadres du Parti. Ces bâtiments appartenaient autrefois à des institutions catholiques. Ils entourent aujourd’hui un jardin intérieur où se trouvent les tombes des jésuites qui servirent autrefois la cour impériale. Se recueillir sur la tombe de Matteo Ricci était une première étape toute indiquée pour un pèlerinage en Chine. M. Yu Sanle, un historien déjà rencontré à Paris dans notre bureau Relais France-Chine l’année précédente, nous fournit des dépliants et nous donne quelques explications en anglais. Quelques 80 missionnaires, étrangers et chinois, furent enterrés dans ce cimetière de Zhalan au temps des empereurs mandchou. Les Boxers saccagèrent ces tombes en 1900. Elles furent promptement restaurées, certaines stèles étant encastrées dans les murs d’une nouvelle église. Depuis 1979, le gouvernement chinois s’efforce de reconstituer l’ancien cimetière. En 1984, 60 stèles ont été restaurées et érigées.
En 1994, l’arche de pierre de l’entrée originelle a été remise en place. La tombe de Ricci est entourée par les stèles des jésuites astronomes Adam Schall et Ferdinand Verbiest. A leur côté, 60 autres stèles sont dressées. M. Yu Sanle nous fait le décompte des nationalités auxquelles appartenaient ces 63 missionnaires : 14 Portugais, 11 Italiens, 9 Français, 6 Allemands, 3 Tchèques, 2 Belges, 2 Suisses, 1 Autrichien, 1 Slovène et 14 Chinois. Ces stèles gravées de textes latins et chinois portent le signe de la croix sous les symboles du dragon impérial. Elles témoignent d’une ère d’échanges culturels fructueux entre l’Europe et la Chine. Les acteurs de cet échange étaient des religieux pénétrés de l’esprit de l’Evangile. Nous prions ensemble, en présence de ces témoins toujours debout, figés dans leur pierre dressée. Puissent les échanges actuels Europe-Chine dépasser le simple niveau des intérêts économiques!
Notre hôtel est voisin du fameux parc qui fut le théâtre du grand roman « Le rêve du pavillon rouge ». Mais notre groupe a des préoccupations plus ecclésiales et le 14 au réveil, nous avons la chance de pouvoir célébrer une messe matinale dans un salon de thé désert, une faveur qui serait sans doute exclue en été. Notre guide locale Madame Wang tient à nous mener de bonne heure au Temple du Ciel pour nous y faire rencontrer la foule des Pékinois dans leurs ébats matinaux. Le Taiji ou qigong (art du souffle) sous différentes formes y tient une place de choix : danses de l’épée, de l’éventail, de la balle projetée entre deux raquettes, etc. En bordure de la longue galerie qui mène au temple, la foule emmitouflée se réchauffe au soleil. On joue aux cartes, aux échecs. On chante avec accompagnement de flûte ou de violon à deux cordes.Quel contraste avec le même lieu en été où un essaim de vendeurs se bouscule autour des touristes étrangers !
Le grand Temple de la prière pour une année prospère (Qinian dian) est encombré d’échafaudages qui enserrent les cercles de toitures bleu symboles du Ciel. On profite sans doute de cette période creuse de l’hiver pour travailler à la restauration des sites les plus fréquentés. Mais grâce à la rareté des visiteurs, l’écho est parfait sur le mur circulaire qui entoure le petit temple des ancêtres impériaux. Sous les murs de soutènement de la terrasse du Ciel, une foule de badauds entoure une chorale dont les chants puissants éveillent l’immense parc de cèdres. Le Temple du Ciel devrait inspirer de futurs pèlerinages. Je rappelle au groupe comment en 1930 le délégué apostolique en Chine Mgr Costantini accompagné de Mgr Budes de Guébriant, supérieur général des Missions étrangères, sont venus se recueillir au Temple du ciel. Côte à côte et les larmes aux yeux, ils y ont prié un Notre Père, présentant au Père céleste l’offrande filiale du peuple chinois. A la sortie du Temple du Ciel nous avons d’ailleurs encore pu élargir nos horizons en allant parcourir la Grande Muraille tout éclatante de lumière blanche sous le soleil d’hiver.
Le 15 au matin, après une messe matinale chinoise au Nantang, nous sommes invités au salon d’accueil par le P. Hou Tianxiang, professeur d’histoire au Grand Séminaire diocésain et maintenant responsable de l’accueil des étrangers. Le père Pierre Zhao Jianmin nous y attend. Ce père est docteur en Droit Canonique de l’Université de Leuven où il a suivi les cours en anglais. Il n’a pu apprendre que quelques bribes de français, les études en français étant réservées à Louvain la neuve. Il nous parle des nombreux catéchumènes de Pékin. Beaucoup, dit-il, appartiennent au milieu universitaire.
Sur les 50 000 fidèles du diocèse, il y a eu l’an passé 800 baptêmes d’adultes, ce qui dépasse de loin le nombre des baptêmes d’enfants dans la capitale où la règle de un enfant par couple est strictement appliquée. La préoccupation dominante du P. Zhao est la gestion de son programme d’études théologiques pour universitaires chrétiens ou non. En octobre dernier, il m’avait remis la publication d’un recueil d’articles et de travaux produits par les participants à ce cours. Cette fois, il ne nous laisse pas non plus les mains vides et il me remet un CD-ROM chinois portant sur la Bible et l’Art chrétien. Le reste de la matinée est consacré à deux grandes traditions religieuses et culturelles : bouddhisme populaire au Temple des Lamas baigné de volutes d’encens, confucianisme officiel du Temple désert de Confucius. Les instruments de musique de la Chine antique y sont présentés par des musiciens habillés d’une tenue ancienne. Mais un orchestre plus animé nous attend dans la rue voisine. Au siège d’une association d’art dramatique, des chanteurs d’opéra s’époumonent accompagnés de tambourins, cymbales, violons à deux cordes, flûtes, et autres instrument. C’est bien l’âme de Pékin qu’ils expriment.

Jinan, dimanche 16 janvier

A Jinan, la grande église gothique de Hongjialou, dédiée au Sacré Cœur, ne surprend pas des Français. On pourrait évoquer Saint Pol de Léon ou bien d’autres sanctuaires. La foule des chrétiens chinois remplissant la nef, notre groupe français est installé dans un bras du transept. Le quatre prêtres du groupe vont revêtir leur aube par-dessus un feutrage épais d’anoraks, polos etc. La sacristie bâtie sur une couche d’eau gelée est glaciale. Des rhumes s’y déclenchent. Mais les chants d’une foule priante nous réchauffent le cœur. Le jeune P. Gao Yongzhu, présidant la célébration m’autorise à parler à la foule après la communion. En leur présentant notre groupe, je leur rappelle que nous sommes unis en une même famille autour de notre frère aîné Jésus Christ et que nous pouvons chanter ensemble d’un même cœur l’Ave Maria de Lourdes. L’orgue donne immédiatement l’accord de départ. Notre groupe vient autour du micro chanter les couplets français face au public et la foule reprend le refrain d’une voix puissante.
Tandis que nous descendons lentement l’allée centrale après la messe, une surprise nous attend. Le vieil évêque Zhao Ziping entre à notre rencontre en soutane épiscopale, soutenu par une équipe de dames. Il nous achemine vers un petit salon où il épanche ses souvenirs de plus de cinquante ans. Il dit son admiration pour l’ancien évêque européen Mgr Cyrille Jarre, un franciscain du diocèse de Trêves, arrivé en Chine le 14 janvier 1905, soit il y a 100 ans. Nommé vicaire apostolique de Jinan en 1929, il est resté fidèle à son poste jusqu’à sa mort en prison en 1952. Mgr Zhao, consacré en avril 1988, peut porter le titre d’archevêque, puisque Jinan est le siège de la région ecclésiastique du Shandong. Agé de 94 ans, il déballe à grand peine ses souvenirs de « Mgr Yang », nom chinois de Cyrille Jarre. Près de lui, le jeune évêque auxiliaire Zhang Xianwang, consacré en avril 2004, s’efforce d’expliquer en clair ce que le vieillard mâchonne entre ses dents. Derrière l’image de ce Mgr Jarre, il faut sans doute évoquer aussi l’apport de tous les Franciscains, allemands, italiens, français qui ont diffusé l’Evangile dans la province du Shandong, aidés depuis la fin du XIXe siècle par les Pères du Verbe Divin.
Mgr Zhang nous conduit ensuite dans les locaux du séminaire attenant à l’église. Les élèves, venus des divers diocèses du Shandong, se répartissent en huit années d’études : deux ans de littérature, deux ans de philosophie et quatre ans de théologie. Tous les élèves présents s’assemblent dans une salle où les membres de notre groupe peuvent les interviewer. Ils nous marquent d’abord leur lien avec la France en entonnant un chant de Taizé. Nous les interrogeons sur leur vocation. Le plus jeune a 17 ans. Comme la plupart des autres, il appartient à une famille catholique depuis des générations. L’un d’entre eux pourtant nous explique qu’il a été baptisé à l’âge de 12 ans grâce au soutien d’amis chrétiens. Deux séminaristes du diocèse de Heze parlent de leurs liens avec le Père Peter Liu Huaide de Singapour. Ce Père, placé à Singapour depuis cinquante ans, a été directeur d’une grande école catholique chinoise et grand ami des jeunes. Dès qu’il a pu retourner faire des visites en Chine, il a fait tout son possible pour soutenir les vocations dans son ancien diocèse. Les jeunes de Singapour l’ont aidé en lui fournissant des bourses d’étude pour les séminaristes chinois à chacun de ses voyages. Le cœur réchauffé par cette rencontre des jeunes, nous passons une matinée de dimanche pleine de lumière, grâce à l’éclat du soleil sur le grand lac Daming puis sur les eaux translucides du Parc des sources. A l’hôtel où nous devons prendre le repas de midi, nous tombons sur une noce. Les joyeux compagnons de notre groupe se pressent autour de la jeune mariée en grande robe rouge et de son élégant époux. Ce soutien inattendu d’hôtes étrangers ne peut qu’être un signe auspicieux, d’autant plus qu’il y a parmi eux, mais ils n’en savent rien, quatre prêtres pour bénir leur union. En fait, les mariages se bousculent en cette fin d’année lunaire du singe car l’année du coq qui s’ouvre au 9 février est amputée d’un signe lunaire, ce qui la rend très défavorable aux mariages.

Xi’an 16-18 janvier

A notre arrivée à l’aéroport de Ji’an, nous avons vue sur les ailes élégantes du nouvel aéroport international en fin de construction. La province du Shandong, comme le reste du pays, est en plein essor. Avec une population industrieuse de 90 millions, il y a place pour des liaisons directes avec les grands pays du monde. En deux heures de vol, nous atteignons Xi’an. Le soir à l’hôtel, deux prêtres du diocèse de Zhouzhi viennent me faire part de leur projet d’un centre de formation pour les jeunes. L’un d’eux, Joseph Ma nous est bien connu à Paris où il vient d’y passer 7 ans. Après un marathon de visites classiques dans la journée du 17, nous le retrouvons le 18 au matin à la cathédrale Saint François d’Assise et c’est lui qui préside notre célébration eucharistique en français. L’évêque Mgr Li Du’an est malade de la jambe et ne peut quitter l’hôpital. Nous sommes reçus dans le salon d’accueil de l’évêché par le P. Chen Ruixue, secrétaire du diocèse. Ce père a fait des études en Amérique. Il peut nous fournir quelques explications en anglais, mais le gros de notre groupe préfère encore le chinois traduit en français. L’hexagone doit encore faire un petit effort pour se mettre au diapason international. Joseph Ma, heureusement, peut commenter en français. Nous apprenons que la province est riche en vocations, que les religieuses sont plusieurs centaines et qu’elles se lancent dans des services sociaux, en particulier auprès des malades du sida.
Mme Qu, secrétaire de l’Association patriotique vient faire sa petite inspection à notre sortie de l’évêché. Sa présence inquiète un peu le P. Joseph Ma qui nous accompagne ensuite au Grand Séminaire dans la campagne au sud ouest de la ville. Avant de quitter la France le P. Joseph Ma a fait un envoi de livres un peu trop important et ce premier envoi a été bloqué à la douane. On lui a fait savoir que ces livres contenaient des documents répréhensibles. Il s’attend à être convoqué pour explications. Ce petit incident n’est sans doute que la partie émergente d’un iceberg. La liberté apparente dont nous avons joui au cours de notre voyage ne doit pas faire illusion sur les contraintes quotidiennes auxquelles les prêtres locaux sont soumis. Le père Yu Xifeng, supérieur du Grand séminaire régional, nous accueille dans le bâtiment réservé aux religieuses. Des religieuses venues de tout le pays peuvent bénéficier d’une formation de deux ans en études bibliques, théologiques, morales, catéchétiques. Nous voyons sur leur table le gros catéchisme de l’Eglise catholique traduit en chinois. Chacune d’entre elles dispose d’un volume. Elles aussi nous accueillent par un chant.

Guilin 19-20 janvier

Une première découverte de la Chine doit sans doute inclure une visite des plus beaux paysages du pays dans la province méridionale du Guangxi. Mais en plein janvier, il faut s’attendre à de la pluie, du froid et du brouillard. C’est bien ce que nous avons récolté. La croisière sur la rivière Li a vu monter les plus courageux sur le pont supérieur du bateau. Ils n’ont pas manqué d’y attraper un bon rhume. Au reste, les attractions multiples en été sont réduites au minimum en hiver. La visite de Yangshuo n’a duré qu’une petite heure, laissant de côté la partie la plus pittoresque des bords de la rivière. Il fallait meubler la fin d’après midi à Guilin. J’ai obtenu de notre guide locale une visite à l’hôpital de médecine chinoise. Un jeune stagiaire français nous a fourni quelques données générales. Nous avons découvert ensuite que le fameux massage des pieds proposé partout était pourtant soumis à des impératifs de concurrence locale. La vie de Guilin en hiver se manifeste sans doute avec une animation maximum dans une grande rue piétonnière bordée de magasins aux enseignes multicolores.
J’y ai découvert les dernières productions en DVD : le règne du grand Empereur Han Wudi, des pochettes contenant toute l’œuvre cinématographique de Zhang Yimou et Cheng Kaige. Mais la série la plus recommandée par les jeunes vendeuses est l’œuvre du producteur de Hongkong Wong Kar-wai rassemblée sous le titre « la Révolution Wong Kar-wai ». S’il y a révolution, c’est sans doute dans la liberté et la délicatesse avec laquelle sont abordés les problèmes d’amour et de sexe. Les dialogues sont en cantonais, mais sous-titrés en chinois. Les DVD de 12 à 20 Yuans abondent. Pour un ou deux Euros, on peut ainsi se procurer le Titanic, le Tour du Monde en 80 jours, ou encore Tora Tora.
Ceci nous éloigne de nos perspectives de pèlerins. Mais nous avons consacré notre deuxième matinée à une concélébration dans l’église Ste Thérèse nouvellement bâtie. Le jeune curé Tao Shouying nous y accueille avec un cadeau pour chacun : un carton de luohanguo (fruit des arhats, disciples du Bouddha). Le cadeau est plutôt encombrant un jour où il faut boucler les valises. Mais le luohanguo dissous dans l’eau chaude ou le thé a des vertus médicinales contre les maux de gorges et certains parmi nous en ont bien besoin. Le P. Tao Shouying est aidé par une petite équipe de sœurs qui vivent de peu. Ses relations avec le lointain évêché de Nanning sont très réduites. Il doit veiller à tout de façon pratiquement indépendante. Les fidèles qui résident en ville ne sont que 300. Dans ses années de formation et premières années de ministère, le p. Tao était attaché au diocèse de Wuzhou sous la direction de Mgr Cai. Depuis la mort de cet évêque, les diocèses anciens ont été regroupés à l’échelon de la province du Guangxi.

Shanghai 21-23 janvier

Premier matin à Shanghai : un bref rayon de soleil nous fait espérer à tord un temps plus clément. Peu importe d’ailleurs puisque nous passons la matinée à découvrir les merveilles du musée enrichies en ce moment d’une exposition spéciale sur les trésors de la dynastie des Tang récemment découverts au temple bouddhiste Famen si dans la province du Shaanxi. L’exploitation des touristes a encore fait des progrès. La grillade mongole se mange dans un nouveau restaurant décoré de paysages de steppes et la digestion se fait à l’étage dans un grand magasin de cachemire. La visite du jardin Yu sous la pluie manque évidemment de charme, d’autant plus que des travaux y sont en cours, à la faveur sans doute de cette période creuse. Le seul intérêt de ces parcours en hiver, c’est qu’il n’y a pas concurrence entre les guides armés de haut parleurs. On peut suivre les explications du guide, à condition d’être bien couvert et de pouvoir s’abriter sous un parapluie.
La pluie nous poursuit le lendemain matin lors de notre pèlerinage sur la colline de Sheshan à 40 kilomètres du centre ville. Notre chauffeur peu familier des lieux fait le tour de la colline et finit par tomber sur la grande porte de Séminaire provincial. Heureusement, le P.Jean Tian est là pour nous accueillir. Jean Tian a été ordonné à Shanghai le 8 décembre 1998 après avoir terminé trois ans de théologie au séminaire d’Issy les Moulineaux et entamé un an de théologie à l’Institut catholique. Il espère d’ailleurs pouvoir retourner poursuivre ses études à Paris dès septembre prochain s’il peut se faire remplacer au séminaire de Sheshan. Il y assure un cours de théologie dogmatique en même temps que la fonction de directeur spirituel. Jean nous accompagne par les petits chemins enfouis sous les bosquets de bambou jusqu’à une première étape du pèlerinage : la terrasse des « Trois Saints » (le Sacré Cœur, Marie et Joseph)
Ce sanctuaire et l’église voisine dédiée à Marie secours des chrétiens sont les lieux les plus fréquentés par les milliers de pèlerins qui affluent au mois de mai et même toute l’année. Mais en janvier, sous la pluie, il n’y a personne. De là nous poursuivons notre montée vers la basilique du sommet en longeant les chapelles du chemin de croix. Sur la terrasse de la basilique, nous ne voyons que du brouillard en rêvant au magnifique paysage qui se déploie ici par temps clair. En quelques jours nous avons vu quantité de merveilles qui suffisent à meubler notre mémoire. Mais il y a encore tant de choses que nous n’avons pas vu ! Les directeurs de pèlerinage songent-ils sérieusement à tenter une nouvelle aventure en Chine ?