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Le printemps 2005 a vu fleurir un étonnant bouquet de gestes fraternels entre des dirigeants politiques de Taïwan et ceux du continent. En voici les étapes les plus significatives d’après la presse de Hongkong :
Date : 17/06/2005
Auteur : RFC
28 mars : une délégation de 30 dirigeants du KMT conduite par M. Chiang Pin-kung, vice président du KMT, débarque à Canton, 56 ans après la fuite du continent en 1949. Chiang Pin-kung et M. Chen Yunlin, directeur communiste pour les Affaires de Taïwan, s’accordent sur un programme d’échanges en 10 points. A Taïwan, le président Chen Shuibian note que cette visite incroyable fait revenir 80 ans en arrière et que l’accord obtenu n’est pas sanctionné par le gouvernement de l’île.
1er et 2 avril : annonce de visites sur le continent par deux dirigeants de l’opposition M. Lien Chan et M. Soong Chu yu. M. Jia Qinglin, président de la Conférence consultative Politique du Peuple Chinois, invite M. Lien Chan président du KMT à visiter le continent. Celui-ci accepte avec joie en fixant pour date le 29 mai, jour où Tchiang Kai-shek dut fuir à Taïwan en 1949. M.James Soong Chu, pour sa part prépare sa visite sur le continent en s’entretenant avec M. Chen Shui-bian sur les avantages possibles et les limites de sa démarche.
26 avril. Lien Chan à la tête d’une délégation de 70 officiels du KMT se fait conspuer par les indépendantistes à l’aéroport de Taipei. Une bagarre éclate entre les partisans de l’union conduits par le nouveau président du KMT M.Yok Mu-min et les indépendantistes. 1700 policiers tentent de maintenir l’ordre.
27 avril. Lien Chan au mausolée Sun Yat-sen de Nankin. Parvenu à l’ancienne capitale de la Chine nationaliste, Lien Chan rend hommage au père de la patrie, fondateur du Kuomintang. Il y va d’une calligraphie de son cru qu’il déploie à l’aide de son épouse Fang Yu. Les quatre idéogrammes « Zhong Shan mei ling » (la belle tombe de Sun Yat-sen) font malheureusement patte de mouche et n’attirent guère l’attention. Mais le cœur y est. L’enthousiasme de l’accueil par une foule de 10.000 personnes est tel qu’un jeune citoyen local s’y méprend et déploie une bannière anticommuniste. Il est rapidement maîtrisé par des policiers en civil.
29 avril. Lien Chan a été accueilli la veille à l’aéroport de Pékin avec un long tapis rouge bordé d’officiels. On lui fait rencontrer d’abord M. Jia Qinglin, président de la Conférence Consultative politique du peuple chinois, situant ainsi le KMT parmi les petits partis non communistes du continent. Puis il est reçu par le président Hu Jintao en sa qualité de secrétaire général du Parti Communiste chinois et non en sa qualité de président.. Les délégations du KMT et du CCP se font face de chaque côté d’une double table coupée en sa partie médiane par un long parterre de fleurs rose. La rencontre des anciens partis, autrefois mortellement ennemis, est si solennelle et inattendue que de mauvaises langues à Taiwan commencent à parler d’un nouveau Front Uni des deux Partis contre l’indépendance de Taiwan. Lien Chan dément cette interprétation dans son discours à l’Université de Pékin où il se montre d’une grande éloquence malgré sa réputation de professeur aux cours soporifiques. Il prend plutôt position pour un statu quo permettant le développement d’échanges pacifiques, citant le dicton anglais « peace by pieces ».
30 avril. Visite triomphale à Xi’an, l’ancienne capitale Chang’an de la prestigieuse dynastie Tang du VIIe au Xe siècle. C’est la terre d’origine de Lien Chan. Il y est né en 1936. Plus de 5000 personnes l’accueillent à l’école primaire qu’il a fréquentée jusqu’à l’âge du huit ans. A son arrivée les enfants se mettent à crier « bienvenue chez toi, pépé Lien ». En bon confucéen, il leur recommande de bien étudier : « étudiez bien, s’il vous plaît et gagnez de bons diplômes. Le futur vous appartient » Puis il distribue des cadeaux, dont son propre ouvrage « changer le futur ».
1er mai. Lien Chan et son groupe se rendent au village de Dongjiang où se trouve la tombe de sa grand-mère. La tombe est entourée de corbeilles et d’une couronne de fleurs. Devant le sépulcre, un autel bas est chargé de plateaux de fruits, de grosses bougies rouges de chaque côté d’un brûle parfums où sont plantées les baguettes d’encens. Lien Chan, son épouse et d’autres membres de la famille s’inclinent profondément, touchant le sol de la tête, suivant la coutume des « kotos » rituels. Ici plus que jamais M. Lien Chan témoignait de l’identité chinoise de son parti par opposition au DPP misant sur l’identité taïwanaise.
3 mai. Lien Chan et son épouse se rendent à l’aéroport de Shanghai par le train « maglev » ultrarapide. Sa rencontre avec les hommes d’affaire marque encore un point au profit de son parti, car les investisseurs de Taïwan penchent plutôt pour le DPP.
6 mai. C’est le tour de M. James Soong Chuyu, président du PFP (People First Party) de faire sa tournée en Chine en vue d’une réconciliation pacifique. Plus que M. Lien Chan, il entreprend son périple après en avoir discuté avec le président de Taïwan qui soutient cet effort de paix malgré les objections des indépendantistes de son parti DPP.
7 mai. A Nankin, M. Soong Chu-yu accompagné de son épouse Viola Chan Wan-shui, déploie une calligraphie bien plus élégante que celle de Lien Chan. Le texte reprend quelques expressions d’un discours de Hu Jintao qui peuvent évoquer en même temps les Trois principes du peuple de Sun Yatsen, charte du KMT : « Sentir pour le peuple, exercer le pouvoir pour le peuple, prospérer pour le bien du peuple. Avoir du peuple, pouvoir du peuple, bien-être du peuple, trois principes du peuple »
8 mai. James Soong au Hunan sur la tombe de ses ancêtres. A Xiangtan, ville de la province du Hunan proche du village d’origine de Mao Zedong, James Soong retrouve sa propre famille après 56 ans de séparation. Tous se rendent sur la tombe ancestrale au village de Juyu, y compris sa maman âgée de 87 ans en chaise à porteurs. James Soong se rend aussi à son ancienne école primaire Shuguang de Xiangtan. On a pu lui retrouver quatre de ses anciens condisciples
11 mai. Conférence de Soong Chu-yu à l’Université Qinghua de Pékin. James Soong aborde un sujet particulièrement utile en traitant de la « conscience taiwanaise: savoir distinguer entre la conscience identitaire de Taïwan et l’indépendance de Taïwan. Le peuple de Taïwan, explique-t-il a peur d’un changement du statu quo qui est le fruit de décennies de lutte.
12 mai. Au grand palais du peuple, rencontre entre la délégation du PFP et le secrétaire général du PCC M. Hu Jintao, 13 jours après la visite historique de Lien Chan. Les discussions prennent place dans la salle du Fujian. Hu Jintao fait une proposition concrète : plutôt que de passer par les organes semi-officiels, laisser aux corps professionnels le soin d’ouvrir les « trois liens directs « nécessaires pour développer les échanges avec l’île : poste, commerce et transports aériens. Soong Chu-yu pour sa part fait preuve de créativité en forgeant une nouvelle expression atténuant le ton par trop conquérant du principe « une seule Chine ». Il propose « deux côtés, une Chine ». L’expression plutôt gauche aurait le mérite de faire avancer les relations en permettant aux deux côtés d’avoir chacun son interprétation d’« une seule Chine.» Il s’agit sans doute ici d’un exercice bien confucéen de correction des noms (zheng ming) car en Chine, il suffit de bien écrire pour bien faire. Il est vrai que nous avons aussi en France le « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément»




