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Ces développements sont dûs au dynamisme interne à l’Église mais ils n’ont pu se faire qu’avec autorisation gouvernementale. La politique religieuse communiste fait preuve de pragmatisme et de souplesse. Elle n’en demeure pas moins rigoureuse en ses orientations de base marxistes.
Date : 11/05/2005
Ces développements sont dûs au dynamisme interne à l’Église mais ils n’ont pu se faire qu’avec autorisation gouvernementale. La politique religieuse communiste fait preuve de pragmatisme et de souplesse. Elle n’en demeure pas moins rigoureuse en ses orientations de base marxistes.
Dans l’Empire chinois, les religions étaient soumises au contrôle du Bureau des Rites. Le rituel confucéen bénéficiait du soutien gouvernemental. Les autres religions devaient passer par les requêtes du confucianisme officiel. Les courants non-conformistes, qu’ils fussent bouddhistes, taoïstes ou chrétiens pouvaient être souvent qualifiés d’illégaux et persécutés comme hérésies (xiejiao). On ne se réfère plus aujourd’hui au rituel confucéen, mais le modèle confucéen traditionnel se fait encore sentir sous l’expression constitutionnelle actuelle de «activités religieuses normales». Les religions sont tolérées si elles soutiennent l’ordre et la loi de leurs idéaux humanistes. Le nouveau rituel n’est pas confucéen. Mais c’est encore un rituel défini en termes de «moralité communiste». Le Bureau gouvernemental des Affaires religieuses fixe les normes de l’activité religieuse. Sa ligne politique est dictée par le Front Uni du Parti Communiste Chinois. Les directives politiques sont transmises aux religions par les Associations bouddhiste, taoïste, musulmane, protestante et catholique. Ces deux dernières sont qualifiées de «patriotiques» pour bien marquer leur indépendance de tout contrôle «impérialiste». Depuis les premières années 1950 jusqu’à la Révolution culturelle, la politique religieuse communiste se fit de plus en plus dure en vue d’éradiquer de la société chinoise toute trace de «féodalisme» et, visant plus spécialement les chrétiens, tout relent d’impérialisme. Le souci extrême d’indépendance politique exigeait des Chrétiens le rejet de toutes leurs attaches à l’étranger. Le retour des libertés religieuses en 1978 répond à d’autres préoccupations gouvernementales. Toutes les compétences et tous les dévouements sont requis pour soutenir l’effort commun de modernisation du pays. Dans la course au développement économique, les religions, et en particulier le Christianisme, deviennent des instruments de choix pour pomper un flot de devises étrangères et d’investissements auprès des pays développés. Après avoir été tant persécutés pour leurs liens avec l’étranger, les Chrétiens sont pressés de faire usage de leurs relations étrangères au service du pays. En certains cas, le degré de liberté religieuse devient fonction de la quantité d’argent ramassée. La soumission de l’Église aux impératifs gouvernementaux ne va pas sans créer des risques redoutables pour l’intégrité de la foi et de la vie chrétienne. L’implication des évêques, prêtres et dirigeants laïcs dans les matières financières pouvait représenter une menace plus grave, pour la mission spirituelle de l’Église, que la privation antérieure de liberté. L’argument officiel en faveur de ce trafic était la nécessité pour l’Église de s’autofinancer. Mais l’accélération de ce processus rend l’Église plus dépendante des autorités locales et de l’aide étrangère. L’usage des religions au profit de la croissance économique peut leur être plus nuisible que la persécution. Le clergé peut, en certains cas, devenir matérialiste, aveugle à ses tâches pastorales, voire moralement corrompu. Plus généralement, la population entière est de moins en moins réceptive aux valeurs spirituelles, ayant pour seul but l’acquisition jamais satisfaite des biens matériels. L’évêque de Shanghai, Jin Luxian, a exprimé ses craintes à ce sujet à une Conférence œcuménique organisée à Manille en novembre 1993: «A vrai dire», dit-il, «j’étais sans crainte, il y a 40 ans, de voir nos catholiques confrontés à toutes sortes de défis - même à la persécution. L’Église et leur foi étaient au centre de leur vie. Beaucoup étaient prêts à tout sacrifier pour garder la foi. Mais aujourd’hui, face au défi de la modernisation, du matérialisme pur et simple, de l’idolâtrie de l’argent, de l’individualisme, j’ai très peur. Comment enseigner aux Catholiques à vivre l’Évangile dans une Chine en transformation rapide, voilà ce qui est devenu une question de vie ou de mort». Ces fortes paroles semblent indiquer que l’Église peut encore jouer un rôle prophétique, même en étant pleinement intégrée à la structure politique.