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Zhonglian Août-Octobre2005 N° 117

L'échange spirituel Chine-Europe.

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Si l’afflux des marchandises « made in China » inquiète les Européens, il est bon de noter que les Chinois pour leur part puisent à l’héritage spirituel de l’Europe. Le slogan chinois du XIXe siècle « Orient pour la morale, Occident pour l’usage » (zhongxue wei ti, xixue wei yong) tend à s’inverser aujourd’hui. La Chine fournit les marchandises, l’Europe son trésor spirituel.
L’été 2005 a été riche en échanges spirituels avec les chinois en divers pays d’Europe. Certains sont spécialement venus de Chine. Signalons d’abord un groupe imposant de 22 directeurs spirituels et supérieurs de séminaires appartenant aux 12 grands séminaires de Beijing, Shanghai, Xi’an, Wuhan, Shenyang et des provinces du Hebei, Sichuan, Shanxi, Mongolie intérieure, Jilin, Shandong. Ils se sont initiés à la spiritualité bénédictine auprès des moines de l’abbaye de St Odile en Allemagne et y ont relevé des éléments voisins de leur grande tradition confucéenne : sens de la vie communautaire, expression rituelle, culture des vertus, respect de l’autorité. Leur programme de formation intensive était orchestré par Mgr Jeremias Shröder, abbé de St Odile. Les conférenciers les plus marquants étaient le père Joseph Wong du monastère camaldule de Big Sur en Californie et le père Grégoire Collins, OSB, abbé de Glenstal en Irlande, professeur de théologie orthodoxe à l’Université St Anselme de Rome. Les trois derniers jours de leur stage se sont passés à Rome. A l’audience du Pape ces prêtres de Chine ont été placés au premier rang et ont eu la joie de serrer la main du Pape Benoît  XVI, un témoignage chaleureux de communion avec le chef de l’Eglise de la part de ces prêtres appartenant au milieu dit « officiel » de l’Eglise catholique chinoise.
Lors des journées mondiales de la jeunesse à Cologne, les Chinois présents en Europe ont convergé en divers groupes vers le grand rassemblement mondial, tels les Chinois de Paris accompagnés par le Père Paul An. D’importantes délégations sont arrivées de Hongkong et Taïwan. Quelques autres ont trouvé moyen de venir du continent chinois lui-même. Nous avons vu passer à Paris un curé de Handan, Hebei, accompagné d’un chef de communauté.
Peu après les journées de Cologne, la onzième session annuelle des étudiants chinois de théologie en Europe a pris place en Espagne du 1 au 17 septembre. Les Augustins récollets qui sont bien implantés en Chine dans la province du Henan, en ont été la cheville ouvrière. Ils ont accueilli 96 prêtres, religieuses et séminaristes chinois dans leur grande maison de Marcilla en Navarre près de Pamplona.
Cette rencontre tonifiante était à peine terminée qu’un grand colloque œcuménique européen sur la Chine réunissait à Rome 160 catholiques et protestants dans l’abbaye bénédictine de St Anselme sur l’Aventin. Deux pères de la Société du Verbe divin, en étaient les organisateurs :  le P. Roman Malek qui gère le centre d’études chinoises Monumenta Serica et le P. Anton Weber qui dirige l’accueil des étudiants chinois de théologie. Ce colloque à dominante allemande a donné lieu à des échanges en langue anglaise, seule langue commune pour la plupart des européens, mais moyen d’expression barbare pour les Chinois venus du continent. Protestants et Catholiques de Chine ont pourtant pu faire une présentation nuancée de la vie de leur Eglise.
L’invitation par le Saint Père de quatre évêques de Chine à venir à Rome participer au synode des évêques a été une joyeuse nouvelle pour tous. Le pape lui-même montre qu’il ne tombe pas dans le piège des « deux Eglises en Chine », une vision des choses malheureusement trop fréquente chez les Européens. Le choix du Pape est excellent, car il s’agit de pasteurs courageux et fidèles, qui appartiennent aux milieux dits « officiel » et « clandestin ». Un représentant de l’Association Patriotique des Catholiques a eu la mauvaise foi de reprocher au Pape de ne pas passer par la Conférence épiscopale chinoise alors que ces organismes se déclarent indépendants du Pape. Mais le gouvernement chinois, s’il souhaite un rapprochement avec Rome, a évidemment le pouvoir d’infléchir les orientations de ces organismes qu’il a lui-même mis en place en 1957 et en 1980.

Les jeunes chinois aux JMJ de Cologne

D’après un message de l’agence UCAN, 8000 jeunes de 21 pays d’Asie ont célébré la vingtième Journée Mondiale de la Jeunesse avec le pape Benoît XVI en Allemagne du 16 au 21 août. C’est à peine 1% du million de jeunes présents. Mais cette participation asiatique a pris un relief particulier grâce à des gestes significatifs. Les Chinois pour leur part étaient un millier : 200 catholiques de Chine populaire, aussi bien « officiels » que « clandestins », plus de 200 autres de Hongkong, 30 de Macao et environ 550 de Taïwan.
D’après le journal catholique de Hongkong, la jeune Tu Si Hua, âgée de 21 ans, a eu la chance rare de parler directement au pape Benoît XVI et de passer un moment à son côté : « J’étais du groupe des 21 jeunes choisis de différents pays pour entourer le Pape sur le bateau alors que nous naviguions sur le Rhin vers la cathédrale de Cologne. Chacun de nous a pu lui parler personnellement. Nous étions loin de nous y attendre. Ce fut une grande surprise ! Comme beaucoup d’autres, j’ai parlé au pape en anglais. Quand mon tour est venu, je me suis agenouillée près de lui et lui ai dit « Your Holiness », et le pape m’a dit « êtes-vous de Chine ? » et j’ai répondu « Oui, très Saint Père, je viens de Hongkong ». Il m’a bénie et a béni toute la Chine. J’étais tellement émue que je ne sentis même pas la main du pape sur ma tête, mais heureusement je me suis bien rappelée de lui baiser son anneau».   Le Saint Père, a-t-elle ajouté, a montré qu’il se soucie de l’Eglise en  Chine et par-dessus tout, il nous a bénis.
Parmi les jeunes de Taïwan, Rosa Lee Yuju, âgée de 21 ans, était de la douzaine de jeunes invités à prendre leur repas avec le pape le 19 août. Sans doute en qualité de volontaire de service aux JMJ, elle a eu la surprise d’être choisie comme représentant l’Asie à ce déjeuner. Elle a confié plus tard à un journaliste de l’agence UCAN quelques détails de son entrevue avec le pape.
Quand le pape l’a saluée avant le repas, il lui a demandé d’où elle était. Elle lui a dit « Taïwan » et le pape Benoît lui a répondu. : « Je prie pour la Chine et pour Taïwan ». Il l’a alors priée de transmettre ses salutations au cardinal Paul Shan Kuo-hsi, l’évêque de Kaohsiung. Quand le pape l’a questionnée sur les principales religions de Taïwan, elle lui a fourni l’information en ajoutant que les Chrétiens ne comptent que 2% de la population et qu’elle a beaucoup appris des gens d’autres croyances. Comme elle lui demandait s’il envisageait davantage d’entretiens avec les autres religions, Il ne lui a pas répondu directement. Il lui a simplement indiqué qu’elle pouvait dialoguer sans difficulté avec des gens d’autres croyances si elle-même s’attachait à approfondir sa propre foi chrétienne et sa relation à Dieu.
Rosa Lee a offert au Pape un CD de cantiques chinois composés par elle-même et ses amis en lui expliquant qu’il pourrait ainsi goûter leur christianisme chinois : « Nous aimons Dieu, lui dit-elle, et nous aimons la musique. Nous produisons de la musique pour Dieu et pour l’Eglise locale. Nous voulons vous faire écouter comment nous louons le Seigneur. » 
 Le Pape, qui joue du piano et aime la musique, s’est montré très heureux du cadeau et lui a offert un cadeau à son tour. Comme les autres jeunes, elle s’est déclarée complètement envoûtée par la simplicité du pape et son intérêt pour eux.
Le 19 août, le Père Antoine Weber SVD, chargé de l’accueil des étudiants chinois de théologie en Allemagne, nous envoyait à Paris ce message de Cologne :
« Le pape nous tient tous en haleine et il semble que tous sont heureux de sa présence ici à Cologne. Sa visite à la synagogue aujourd’hui a fait une impression profonde sur tous ceux qui l’accompagnaient. Dans l’après-midi, il y avait un rassemblement de 4000 prêtres et séminaristes venus du monde entier à l’église Saint Pantaléon. Nos étudiants chinois y sont allés en vue de voir le pape de plus près. »
Des prêtres, séminaristes et religieuses de Chine étudiants de théologie en France se sont joint aux Catholiques chinois de Paris pour participer aux JMJ. L’un d’entre eux à son retour s’est déclaré ouvert à de nouveaux horizons dans la vie de l’Eglise. Le partage d’une même foi dans une même concélébration de l’eucharistie entre « clandestins » et « officiels » l’ont convaincu qu’il fallait faire passer ce message en Chine et œuvrer activement à l’unité de l’Eglise en Chine.



La onzième session d’été des étudiants chinois de théologie en Europe
Marcilla, Navarre, 1er au 17 septembre 2005

Le nombre des étudiants chinois de théologie en Europe atteint aujourd’hui près de trois cents prêtres religieuses et séminaristes. Ils sont envoyés pour la plupart par les évêques des diocèses de la Chine du nord riches en vocations. Moins nombreux sont ceux qui viennent de la Chine du sud. Ils appartiennent aux provinces du Fujian et du Zhejiang où l’activité religieuse est intense. Depuis dix ans, les candidats aux études en Europe sont plus nombreux d’année en année. Ils étaient 9 de France et d’Allemagne à la première retraite en chinois organisée à l’abbaye de Sept-fons en 1994. L’année suivante, ils étaient 20 pour  une retraite prêchée par l’évêque actuel de Hongkong Mgr Zen à l’hospice du Grand St Bernard. En 1996, ils étaient 40 pour une retraite accompagnée d’une session de 15 jours en Allemagne avec participation de religieuses. Cette année en Espagne, ils étaient une centaine : 40 prêtres, 40 religieuses et 20 séminaristes.
Cette première rencontre en Espagne a été soigneusement préparée par le P. Javier Pipaon, Augustin récollet, qui a été longtemps supérieur de sa congrégation à Rome. Ayant participé aux sessions précédentes de Suisse (2003) et d’Irlande (2004), il était bien conscient des requêtes des étudiants chinois et de tous les apports que cette session devait leur fournir : un échange entre eux d’abord, pour leur réconfort moral et pour les préparer à mieux coopérer en Chine dans l’avenir, un approfondissement de leur vie de foi dans le silence et la prière d’une retraite de 5 jours, une initiation à l’histoire et à l’activité actuelle de l’Eglise en Espagne, pays d’accueil en 2005. Deux jours ont été consacrés en outre à la vie de l’Eglise en Chine. Mgr John Tong Hon, auxiliaire du diocèse de Hongkong et Sœur Maria Goretti Lau supérieure générale des Sœurs chinoises du Précieux sang à Hongkong ont exposé très concrètement les problèmes de formation des prêtres et des religieuses en Chine. Les participants ont ainsi été invités à approfondir le sens de leur propre vocation et à en discuter personnellement avec les six ou sept accompagnateurs de langue chinoise présents auprès d’eux. Formation humaine et direction spirituelle leur manquent souvent cruellement tout au long de l’année. Les instituts d’accueil leur offrent le séjour et les études sans pouvoir veiller en même temps à une aide personnalisée face à tous les problèmes de vie qu’ils rencontrent. Outre leur difficulté à comprendre les langues européennes, le contenu même des études leur semble souvent trop abstrait et inutile pour leur futur service pastoral en Chine. Aussi bien les prêtres que les religieuses ont pourtant besoin d’un diplôme pour être autorisés à enseigner par les pouvoirs civils. Reste que le fruit le plus précieux de leur séjour en Europe est dans l’expérience des échanges amicaux avec les prêtres, religieuses et laïques engagés dans une activité pastorale. Venant de villages catholiques très traditionnels et parfois fermés sur eux-mêmes, ils apprennent ce que peut être un témoignage d’Evangile dans un milieu sécularisé. La session d’été leur offre encore un temps de réflexion plus spécialisée. Cette année, ils ont bénéficié de conférences données par Sœur Benedicta Kuo, M.I.C. de Taïwan sur les courants religieux anciens et populaires de la tradition chinoise. Elle a su attirer leur attention sur le témoignage de John Wu, auteur du fameux ouvrage « Par delà l’Est et l’Ouest ». Ce juriste formé aux Etats Unis à Ann Arbor, puis en France et en Allemagne, savait en même temps apprécier les classiques confucéens et la spiritualité bouddhiste. Fervent de la « petite voie » de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, traducteur des psaumes et des Evangiles, il devint le premier ambassadeur de Chine près le Vatican.
La session en Espagne a débuté par un pèlerinage à Nostra Senora del Pilar à Saragosse et s’est terminée par une journée à Lourdes au-delà des Pyrénées.



5ème Conférence œcuménique Européenne sur la Chine
« Diversité dans l’Unité ». Rome, 16-20 Septembre 2005

La conférence œcuménique des Chrétiens d’Europe concernés par la Chine est organisée tous les trois ans depuis une quinzaine d’années. Les rencontres précédentes ont eu lieu en Allemagne, à Londres, en Norvège et en Irlande. L’origine de ces échanges entre catholiques et protestants d’Europe et de Chine remonte en fait au Colloque international de Louvain en septembre 1974. L’initiative en avait été prise par le groupe d’étude du marxisme chinois des Eglises luthériennes basé à Genève et le Centre catholique d’études sociologiques Pro Mundi Vita de Louvain. Ce premier colloque avait été encouragé par l’entrée de la Chine aux Nations Unies en 1971 et l’ouverture à Pékin de l’église du Nantang pour une messe catholique destinée aux étrangers présents dans la capitale.
Les animateurs catholiques et protestants d’Allemagne ont joué un rôle moteur dans l’organisation régulière de ces conférences. Le Centre catholique chinois des pères du Verbe divin à Sankt Augustin près de Cologne publie les documents des conférences œcuméniques ainsi que des rencontres entre catholiques qui leur font suite un an plus tard. La prochaine rencontre catholique aura lieu à Truggio près de Milan les 7,8 et 9 septembre 2006. Un bilan des 25 dernières années d’échanges avec les Chrétiens de Chine en sera le thème central.
A Rome, cette année, le thème central était « unité dans la diversité », ce qui permettait une grande variété de participation tout en attirant l’attention sur les voies qui mènent à l’unité d’une même foi en Jésus-Christ. Les participants étaient au nombre de 160, dont beaucoup de protestants allemands heureux sans doute de découvrir Rome et de se recueillir sur la tombe des apôtres. La célébration œcuménique la plus marquante a eu lieu en fait dans la basilique de Saint Paul Hors les Murs consacrée plus spécialement au mouvement vers l’unité. La visite des jardins du Vatican sous la direction de Mgr Celli a aussi été un heureux moment d’échanges informels.
L’ouverture du colloque a été présidée par le Cardinal Sepe, préfet de la S.C. pour l’Evangélisation. Le Cardinal Roger Etchegarray qui se tenait à ses côtés s’est ensuite adressé à l’Assemblée en un français clair et précis que plusieurs participants de Chine, de Suisse et d’Allemagne ont particulièrement apprécié. Se référant  à la fois à la Chine séculaire et contemporaine, ce discours ouvrait de nombreuses pistes de réflexion : « Aujourd’hui, pour la première fois de leur histoire, les Eglises en Chine ne dépendent que d’elles-mêmes pour affronter un pouvoir séculier…Ces Eglises chrétiennes vont avoir à prendre le chemin d’un dialogue laborieux dans un pays où l’intégration des religions à l’ordre politique remonte à l’ère impériale du « mandat céleste » « Aujourd’hui, les Eglises chrétiennes partagent une mission commune face à une Chine est déchirée entre un matérialisme galopant et une idéologie claudicante »… « La crédibilité des Eglises dépend de leur unité visible ». Le cardinal a engagé les Eglises à « un sursaut olympique face aux défis gigantesques de l’humanité ». Les derniers mots de son discours ont ouvert une perspective à la mesure du continent chinois : « La Chine actuelle a son propre martyrologe, au-delà des limites de l’idéologie ou de la religion. Le pays a accumulé des énergies spirituelles typiquement chinoises. Il n’est pas douteux que ce pays ne soit disposé à s’ouvrir à la tendresse illimitée du Christ. » C’est là entre parenthèses une perspective qui dépasse et compense largement les limites du martyrologe chinois proclamé à Rome le 1er octobre 2000 et sévèrement critiqué par le gouvernement chinois.
Les deux conférences magistrales données par de grands noms des études chinoises et de la théologie n’ont pas suscité de réflexion approfondie. Le professeur Arif Dirlik des Etats-Unis a montré la diversification de la culture chinoise dans le monde actuel, mais sans tenir compte suffisamment peut-être du mouvement identitaire qui se développe en même temps en Chine même et dans la diaspora. La recherche des sources culturelles chinoises est pourtant indispensable pour mieux comprendre quel est l’apport de la Chine au monde contemporain.
En théologie, la conférence du théologien indien Felix Wilfred a laissé le public dans un certain embarras, car l’expression « théologie subalterne » pour parler d’une réflexion chrétienne au sein de la culture populaire des défavorisés de Chine et de l’Inde demanderait à être précisée concrètement. Est-ce une forme asiatique de la théologie de la libération ? Qui sont les acteurs de cette théologie ? L’intégration de la foi chrétienne dans la culture des milieux populaires ne mène-t-elle pas à la formation de sectes, comme ce fut le cas au milieu du XIXe siècle avec la révolte des Taiping inspirés par la Bible ?
Les interventions chinoises par contre ont été fort utiles pour prendre la mesure des développements actuels de la vie d’Eglise en Chine aussi bien chez les catholiques que chez les protestants. Le pasteur Wang Aiming, un universitaire de Nankin converti à la foi chrétienne se présente un peu comme l’héritier  spirituel de l’évêque anglican Ding Guangxun.
Il a bénéficié d’un séjour d’études de six ans en Suisse, à Neufchâtel et à Bâle, où il s’est familiarisé avec la pensée de Hans Küng, de Liu Xiaofeng. De Paul Ricoeur, il a retenu l’intérêt d’une approche critique et herméneutique. A son retour de Chine, il est devenu doyen des études et vice président du Séminaire de théologie de Nankin. Distinguant les divers niveaux de vie d’Eglise en Chine, y compris le milieu non officiellement enregistré des « communautés de croyants », il souhaite œuvrer à la construction d’une Eglise unifiée qui s’inscrirait bien dans le cadre de la « société harmonieuse » préconisée par le président Hu Jintao. Cette référence politique sous entendue aussi bien que la méthode théologique critique sont loin d’obtenir tous les suffrages comme en témoignent certaines réactions assez vives au cours du colloque de Rome. Il peut s’agir d’ailleurs de conflits de pouvoir larvés comme il en existe d’ailleurs dans l’Eglise catholique.
La présentation de la vie catholique en Chine a été faite par le père Yang Xiaoting du diocèse de Zhouzhi, province du Shaanxi. Le père Yang Xiaoting a derrière lui 5 ans d’études à Rome suivis de 3 ans d’études sociologiques aux Etats-Unis. Dans son diocèse, il s’efforce de développer la formation des laïcs chrétiens. Son approche sociologique de la vie d’Eglise lui permet de dépasser l’opposition commune mais trompeuse entre « officiels » et « clandestins ». Parmi les « patriotiques », il distingue deux groupes : d’une part quelques uns qui pour faire preuve de zèle ont acquis des positions de pouvoir et veulent contrôler l’Eglise en proclamant leur indépendance de Rome, d’autre part la foule de ceux qui veulent maintenir leur fidélité au Saint Siège tout en se montrant bon citoyens. Il reconnaît par ailleurs le rôle prophétique joué par les clandestins qui proclament ouvertement leur fidélité indéfectible au Saint Siège. Ces conflits dus à la pression politique des 50 dernières années lui paraissent d’ailleurs secondaires. Il porte l’attention sur les manifestations concrètes de la vie d’Eglise et distingue six modèles qu’il juge d’ailleurs complémentaires et tous indispensables :
« structure légale » de ceux qui se déclarent catholiques romains bien distincts du milieu païen.
« harmonie mystique » d’une communauté de croyants unis à la Sainte Trinité.
« sacramentelle » chez ceux qui veulent demeurer catholiques tout en étant bons citoyens.
« évangélique » de ceux qui s’inspirent de la Bible et vivent une Eglise « Peuple de Dieu ».
« servante du monde » pour ceux qui vivent leur foi en s’engageant dans des service sociaux.
« société apostolique » chez ceux qui vivent une vie consacrée comme les apôtres de Jésus.
Catholiques et protestants de Chine ont présenté la vie de leur Eglise de façon indépendante sans parler de développement œcuménique entre eux, ce qui n’est pas surprenant dans un pays où l’Etat classifie catholicisme et protestantisme comme deux religions différentes, ceci d’ailleurs en ignorant l’existence de l’orthodoxie. Le clergé orthodoxe était pourtant bien présent au colloque de Rome avec le père Dionisy Pozdyaev, son assistant Dimitry Petrovsky et le métropolite de Hongkong Nikitas Lulias. Lorsque les séminaristes chinois en formation à Moscou seront ordonnés prêtres, la liturgie orthodoxe devrait pouvoir retrouver sa place en Chine. Les échanges oecuméniques sont par contre fort développés à Hongkong. M. Anthony Lam du Centre du Saint Esprit a présenté de nombreux témoignages de coopération non seulement entre chrétiens mais aussi avec les autres grandes religions asiatiques pour la solution de problèmes sociaux et le développement d’une vie démocratique.
Les protestants de Chine souhaitent se libérer des fardeaux de l’histoire occidentale où se sont développés les conflits entre Eglises. Ils envisagent un avenir commun de leurs diverses confessions tout en gardant l’héritage spirituel des grands réformateurs. Ils se rapprochent ainsi de l’unité catholique. De leur côté, les catholiques animés par de jeunes prêtres et religieuses, souhaitent mettre en œuvre une vie d’Eglise inspirée du dynamisme des protestants. Groupes de lecture de la Bible, hymnes populaires empruntés aux protestants, liens amicaux avec des pasteurs, absence de polémique, autant de facteurs favorisant un rapprochement. L’obstacle principal à une prière commune est  peut-être la différence des vocabulaires religieux, à commencer par le nom de Dieu que les protestants appellent « Shangdi » et les catholiques « Tianzhu ». Les protestants s’appellent Jidujiao, la religion du Christ, ce qui fait en anglais « christians ». Le pasteur Wang Aiming peut ainsi plaisanter  que « les catholiques ne sont pas chrétiens » (christians). Ce qui effectivement peut paraître évident au commun des mortels chinois. Durant le colloque de Rome, le père Marc Fang,SJ, bibliste de l’université Fujen de Taipei, a présenté douze années d’efforts conjoints, soit 41 sessions de 1987 à 1999 pour parvenir à une traduction commune de la Bible. En 1994, 16 livres du Nouveau Testament avaient été traduits et révisés. A partir de l’an 2000, les sessions de travail ont cessé. La traduction catholique de la Bible est tributaire du latin et la traduction protestante est tributaire de l’anglais.
                                                    
Le Sichuan revisité

Compte rendu par le P. Jean Charbonnier de sa visite au Sichuan en juillet 2005

Du 9 au 21 juillet dernier, ma quarantième visite en Chine a été consacrée exclusivement au Sichuan. Deux semaines de parcours avec une mission bien précise : accompagner trois techniciens chargés par les supérieurs M.E.P. de produire un film sur la Société des Missions Etrangères de Paris hier et aujourd’hui. Ce film fait partie d’un projet de célébrations en 2008 pour marquer le 350e anniversaire de l’envoi des premiers vicaires apostoliques. Un bref d’Alexandre VII publié le 29 juillet 1658 nommait François Pallu évêque d’Héliopolis et Lambert de la Motte évêque de Béryte « in partibus infidelium ». La S.Congrégation de la Propagande  précisait ensuite leur destination : Pallu pour le Tonkin avec la charge d’administrer les provinces adjacentes : Yunnan, Guizhou, Hou-Kouang, Guangxi, Sichuan, Laos; Lambert pour la Cochinchine. Ils avaient pour mission principale de développer des Eglises locales avec leurs prêtres et leurs évêques indigènes. C’était un vaste programme semé d’embûches. Pour répondre à cette mission d’Eglise, plus de 4000 prêtres M.E.P. sont partis de France vers l’Asie orientale. 1200 d’entre eux ont été envoyés en Chine. Sur ces 1200, 320 ont œuvré dans la province du Sichuan au sud-ouest de la Chine. En 1949, il y avait encore 250 confrères M.E.P. en 14 diocèses de Chine. Ils en étaient expulsés au cours des trois années suivantes sous le nouveau régime de Mao Zedong. Au nom de l’indépendance chinoise, seuls les prêtres et évêques chinois pouvaient demeurer dans le pays et y exercer leur ministère dans des conditions de plus en plus difficiles. Paradoxalement, le régime communiste permettait ainsi à nos missionnaires d’atteindre leur but plus rapidement que prévu. Désormais, l’Eglise en Chine serait gérée par son propre clergé local et le christianisme ne serait plus qualifié de « religion étrangère ».
Après une trentaine d’années de persécution et d’anéantissement progressif, les prêtres religieuses et laïcs de Chine ont pu sortir de l’ombre et reprendre leur vie d’Eglise dans le cadre de la nouvelle politique de Front Uni pour la modernisation du pays inaugurée par Deng Xiaoping en 1978. C’est sur cet arrière plan historique que nos cinéastes devaient assurer la séquence du film MEP concernant la Chine. Sachant l’importance du Sichuan dans l’histoire de la mission en Chine, ils avaient choisi de « zoomer » sur cette province qui fait aujourd’hui dans les 75 millions d’habitants auxquels il conviendrait d’ajouter les 35 millions de la municipalité de Chongqing maintenant directement rattachée au pouvoir central.

Travail d’approche à l’évêché de Chengdu

Le vol Paris Chengdu prend environ 15h avec deux heures d’escale à Pékin. Arrivé à bon port à 15.30 le samedi 9 juillet, je ne tarde pas à trouver un point de chute à l’hôtel Rongcheng à un quart d’heure de marche de l’église catholique de Ping’an qiao (le pont de la paix). Je m’y rends de suite. Le lieu est désert sauf quelques ouvriers affairés à des travaux dans l’entrée. Une jeune femme du nom de Shali vient me faire la conversation. Elle est justement originaire de Pengzhou où je souhaite aller visiter l’ancien séminaire de l’Annonciation à Hebachang. Elle me fournit tous les renseignements voulus sur la route à prendre. Le jeune père  Ren Shaoqian, curé du lieu arrive bientôt à son bureau. Son accueil est sympathique, mais je le sens réservé. Lors de mon dernier passage en novembre 2000, il m’avait paru plus alerte et actif. J’apprends bientôt qu’il souffre de l’estomac mais ce n’est pas la véritable cause de son inquiétude. Il est bien au courant des raisons de ma visite, car je lui ai envoyé de Paris un courrier électronique expliquant notre projet. Mais je réalise que ce courrier aurait dû être envoyé au P. Li Zhigang, chef du diocèse, seul habilité à fournir une autorisation officielle avec l’accord des autorités civiles. En fait, le P. Ren a bien mis au courant le P. Li Zhigang que je vois arriver peu après. J’ai ainsi l’occasion de lui expliquer directement ce que nos cinéastes comptent faire au Sichuan. Un jeune prêtre, le P. Wang Fuxuan, se présente. Il arrive de Pékin avec les séminaristes du diocèse qui reviennent en vacances. Ils poursuivent leurs études à Pékin car leur séminaire de Pixian est en cours démolition pour être reconstruit sur un terrain plus vaste. Arrive également le P. Wu Xianliang qui a fait des études aux Philippines et qui a eu la bonté de m’envoyer à Paris une mise à jour des données concernant le diocèse de Chengdu. C’est l’heure du dîner. Le P. Li Zhigang nous invite au restaurant face à l’évêché. Sœur Clara Liu Qiaomei du Shanxi partage notre repas. Elle revient de Xichang où elle a animé une session pour les jeunes religieuses de la région sud-ouest. Elle nous fait part de ses inquiétudes au sujet de ces jeunes religieuses qui sont laissées sans formation spirituelle, sans initiation au sens de leur vocation et qui sont placées dans des paroisses où elles rendent divers services matériels. Leurs conditions de vie sont inégales suivant les paroisses, ce qui provoque des tensions entre elles. Leur niveau d’instruction est élémentaire, ce qui rend problématique une formation plus poussée et retarde de plusieurs années une prise en charge par elles-mêmes de leurs destinées. A l’issue du repas, il est décidé que le P. Wu Xianliang nous conduira lundi à Hebachang environ 80 Km au nord de Chengdu.


L’ancien séminaire MEP de l’Annonciation

Dimanche après-midi, les trois cinéastes débarquent à l’hôtel Rongcheng où je les ai annoncés. Ils se sont heureusement allégés de leur matériel le plus lourd qu’ils ont expédié de Hongkong à Bangkok où ils doivent se rendre ensuite. Leur équipe est composée des deux producteurs  Josselin Charrier et Emmanuel François et du caméraman Olivier Raffet. Se sentant d’attaque, ils proposent de se rendre de suite à l’évêché où ils souhaitent commencer à tourner. Déception: il n’est pas possible de filmer, car il y a réunion d’officiels dans une salle voisine. Ils sont par contre autorisés à venir filmer à la messe de 7h le lundi matin.
Ils ne s’en privent pas. Les fidèles sont une soixantaine à cette messe quotidienne. Le premier rang est occupé par les séminaristes qui n’ont pas encore rejoint leurs familles. J’observe avec inquiétude les évolutions discrètes du cameraman qui pose longuement sous le nez de chaque fidèle en prière puis s’introduit dans le sanctuaire et va se poster derrière le célébrant de façon à le prendre en même temps que l’assemblée. Consolons nous. C’est sans doute pour nos cinéastes une rare occasion d’assister à la messe. Nous prenons le petit déjeuner avec le P. Ren Shaoqian en  attendant la voiture qui doit nous mener à Hebachang. Nouvelle surprise : le P. Wu Xianliang ne peut pas nous conduire car il sera pris en fin de matinée. C’est le P. Li Zhigang lui-même qui prend le volant et va nous accompagner toute la journée. Il nous mène à vive allure dans une bonne voiture avec immatriculation officielle du gouvernement provincial. Après avoir traversé le chef lieu de Pengzhou, nous empruntons une route de montagne de plus en plus accidentée. Les derniers kilomètres sont encombrés de gros camions qui charrient le charbon exploité dans une mine ancienne qui sera bientôt fermée. La route ne va pas plus loin que la mine. Le P. Zhang Yiqiang, jeune curé de ce district, nous attend à l’entrée d’un pont bâti récemment sur la rivière. De là nous pouvons déjà apercevoir à mi-pente de la montagne les bâtiments de l’ancien grand séminaire de l’Annonciation. Un petit chemin nous y conduit entre des pentes couvertes de huanglian, une plante médicinale. Les quelques maisons qui avoisinent le séminaire sont habitées par des familles catholiques. Une stèle de pierre gravée marque l’entrée des bâtiments. Elle porte la date de 1898, une étape marquante dans les grands travaux confiés par Mgr Dunand au Père Alexandre Perrodin. En fait, les séminaristes avaient déjà été transférés en ce lieu depuis 1875, quand Mgr Pinchon avait voulu rapprocher de Chengdu le lointain séminaire de Muping. C’est d’ailleurs le père Marie Julien Dunand, alors supérieur du séminaire de l’Annonciation à Muping qui avait opéré ce transfert. Le nom latin du séminaire est toujours inscrit au dessus du portail d’entrée : Seminarium Annuntiationis. La construction de l’ensemble monumental encore debout aujourd’hui a duré 15 ans, de 1895 à 1910. Un escalier majestueux accédant au portail plonge aujourd’hui ses deux bras dans un champ de maïs. Le portail en arceau ouvre sur un passage jalonné de colonnes qui soutiennent les solives de bois du premier étage. Le regard se porte immédiatement sur la façade élevée de la grande chapelle du séminaire isolée de l’autre côté d’une vaste cour  face aux bâtiments qui cernent les trois autres côtés de la cour rectangulaire. Il ne reste que la façade et le clocher de la chapelle, la nef ayant été détruite par un tremblement de terre dans les années 1930  au cours d’une nuit où les séminaristes sommeillaient paisiblement dans leur dortoir. Nous faisons le tour des salles du rez-de-chaussée. La grande salle à manger a servi de lieu de réunion aux gardes rouges pendant la Révolution culturelle et les murs sont encore maculés de slogans maoïstes. Parcourir les salles de cours et les dortoirs du premier étage serait dangereux car le plancher vétuste pourrait céder. Le père Zhang Yiqiang, enthousiaste pour ce témoignage de la foi des anciens, me remet une étude historique sur ces sites célèbres de sa paroisse. Il y a un an, il est venu célébrer sa première messe devant la façade de la grande chapelle et il m’offre un video-CD de la cérémonie. Les fidèles de la région emplissaient la grande cour. Ce lieu pourra-t-il être restauré en tant que monument historique, voire de pèlerinage pour les chrétiens ? Le cadre grandiose des bâtiments donnant sur la cour formerait un balcon idéal pour assister à des spectacles d’intérêt culturel. Les salles du rez-de-chaussée comme celles du premier étage sont construites en retrait derrière les piles qui soutiennent le premier étage et le toit couvert de tuiles en canal. Le premier étage s’orne ainsi d’une petite terrasse bordée d’une longue balustrade qui ne manque pas d’élégance. Les locaux pourraient d’ailleurs être aménagés en lieu de villégiature. L’air de la montagne verdoyante est tonifiant et le calme du lieu reposant.
Plusieurs instances peuvent être intéressées à investir : office du tourisme, ministère de la culture, Eglise catholique…
 Rêvant de développements possibles, nous prenons la route du retour pour faire une première halte à l’église de Bailuchang dont s’occupe le père Zhang. Nous déjeunons au restaurant voisin bâti en surplomb au dessus de la vallée où nous apercevons l’ancien petit séminaire devenu aujourd’hui école secondaire. Les supérieurs MEP en ont été Alphonse Couderc, Armand Poisson, Léon Rousseau et finalement Mgr Henri Pinault, dernier évêque français de Chengdu. Le témoignage le plus parlant de l’activité missionnaire française en ce lieu est un vieux pont sur le torrent. Ce pont qui a résisté à toutes les inondations porte encore le nom de Zhongfaqiao « Pont Chine – France » Ce fut la prouesse technique du Père Armand Poisson lorsqu’il était supérieur du probatorium de 1907 à 1922.
A mi-chemin de Chengdu, nous faisons une halte à l’église de Masangba, première implantation missionnaire de Mgr Pichon dans la région. Une vaste maison ancienne est équipée d’une vingtaine de lits qui servent aux chrétiens venus de loin à l’occasion des fêtes. Le P. Zhang Yiqiang  réside dans une maison basse voisine où il dispose d’un ordinateur de bureau et d’un grand poste de télévision. Chaque mois, il passe quinze jours à Masangba et quinze jours à Bailuchang. Il projette de rebâtir une troisième église  située à 2.800m d’altitude à 15km de Hebachang. Les 500 catholiques de ce village de Sanhedian ont construit un simple abri sur le terrain d’Eglise qui leur a été restitué. Mais ils doivent s’agenouiller ou s’asseoir à même le sol boueux. ( suite du récit dans le prochain Zhonglian)   

   
Participation des catholiques de Chine à une recherche universitaire sur
le fond culturel des religions.
Symposium de Hongkong 16-18 août 2005

Le troisième symposium sur le thème « Philarchisophia et textes sacrés » a eu lieu à Hongkong  du 16 au 18 août 2005. C’était la première fois que ce symposium prenait place au Collège du Séminaire du Saint Esprit de Hongkong. Les évêques de Hongkong et de Macao, quelques supérieurs généraux de certaines congrégations religieuses ont donné leur soutien à cet échange académique. Une quarantaine de professeurs de philosophie, de théologie et d’études religieuses y ont participé. Ils ont présenté plus de 30 mémoires et discuté sur les textes classiques des trois cultures anciennes – chinoise, grecque et hébraïque. Les professeurs et les chercheurs, croyants ou non-croyants, provenaient d’Angleterre, de Chine continentale, de Hongkong, de Macao, de Taiwan, des Etats-Unis et aussi de Jérusalem.
La plupart d’entre eux sont les professeurs chinois qui s’intéressent à explorer l’impact des cultures anciennes, par exemple les influences historiques de la culture chinoise sur l’Asie orientale, de la culture grecque sur la société occidentale, de la culture hébraïque ou juive sur le christianisme et l’islam,  de la culture indienne sur le bouddhisme.
Le Père Choy Wai-man, recteur du Séminaire du Saint Esprit, a exprimé sa confiance dans ce genre d’échange pour fortifier la théologie en langue chinoise.
Plusieurs doyens des études des grands séminaires chinois ont participé au symposium. Le Père Liu Zhe du diocèse de Beijing a confié que cette interaction entre les chrétiens et les non chrétiens était ce qui le frappait le plus. Les catholiques étudient la Bible et l’enseignement de l’Eglise à la lumière de leur foi tandis que les professeurs analysent les œuvres chrétiennes avec une rationalité et une vision critique. Le christianisme pourrait aider à promouvoir l’intégrité de la morale dans la société chinoise. Son influence est surtout souhaitable dans les grandes villes où les gens sont riches d’argent mais ont soif de spiritualité. Par contre, les catholiques ne peuvent enseigner la théologie ou évangéliser la société chinoise que s’ils comprennent  leur propre foi en profondeur et l’intègrent dans la culture chinoise. Le séminaire de Beijing a renforcé depuis quelques années l’enseignement de la culture et de la littérature chinoises dans ses classes de philosophie.
Le Père Fang Buke, 37 ans, doyen des études du Séminaire de Shanghai, décrit le symposium comme une bonne occasion favorisant l’étude et le développement personnel. Il espère que les séminaires pourront organiser ce genre d’événement dans un futur proche à l’aide des prêtres retournés en Chine après leurs études à l’étranger.
Le Père Zhao Jianmin, 42 ans, directeur du Centre « Christianisme et culture » du diocèse de Beijing a constaté que la culture chinoise a beaucoup évolué pendant ces dernières cinquante années. Selon le Père Zhao, la culture chinoise contemporaine s’allie à la foi chrétienne jusqu’à un certain point, parce que toutes les deux préconisent la dignité humaine, l’égalité et le respect de la nature.
Le Père Fu Xiaoyan du diocèse de Liaoning a déclaré que le symposium était sa première occasion d’échanges avec les professeurs d’universités, une chance d’élargir son horizon. C’est le temps favorable, a-t-il dit pour intégrer la foi chrétienne dans la culture chinoise parce que  « nous pouvons maintenant parler de leur foi ouvertement de notre foi et annoncer l’Evangile ».
Le premier symposium de l’association Philarchisophia s’est tenu à l’Université de Lanzhou en 2001 et le second à l’Université du Zhejiang en 2003. Le prochain prendra place à Xi’an en août 2007 sur le thème « Philarchisophia en Chine ». Cette archéologie de la sagesse s’annonce prometteuse.

15 prêtres de Chine en retraite à Ars

Sœur Thérèse Tang de la communauté des Béatitudes de Macao est arrivée à Paris le vendredi 23 septembre en compagnie d’une dizaine de prêtres de Chine. Ils ont rejoint une équipe de 5 prêtres chinois étudiants à Rome. Samedi 24, une messe chinoise a été concélébrée dans la chapelle de la médaille miraculeuse au 140 rue du Bac. Le groupe s’est ensuite rendu chez les Lazaristes de la rue de Sèvres pour se recueillir devant la châsse de St Vincent de Paul et aussi des saints martyrs de Wuhan Gabriel Perboyre et François Clet. Puis ils se sont rendus au 128 rue du Bac où ils ont pu parcourir dans la crypte la liste des 120 martyrs de Chine canonisés le 1er octobre 2000. Certains ont reconnu le nom de victimes des Boxers massacrés dans leur propre village. De Paris, ils se sont rendus à Ars pour la grande retraite internationale qui devait rassembler de 7 à 800 prêtres. Ils devaient partir ensuite en pèlerinage à Lourdes et Lisieux avant de rentrer en Chine.

Publication

The Chinese Face of Jesus Christ
Edité par le P. Roman Malek SVD
publié conjointement par l’Institut Monumenta Serica et le China-Zentrum
Arnold Janssen Str. 20, Sankt Augustin, D53757, Allemagne
Distribution : Steyler Verlag, Postfach 2460, 40311 Nettetal
Fax : 49-2157- 120222. E-mail : steyl.buch@t-online.de

Il s’agit d’un ouvrage imposant en 5 volumes. Volume 1 est paru en 2001, volume 2 en 2003. Volume 3a vient de paraître en 2005. Le propos de cette œuvre est de dégager les divers visages de Jésus-Christ tels qu’ils se révèlent dans la tradition chinoise dans les divers domaines sinologique, historique, littéraire, théologique, artistique, etc. Les trois premiers volumes contiennent des articles et des textes qui offrent une image de Jésus-Christ depuis l’époque des Tang (VIIe siècle) jusqu’à nos jours. Volume 3a contient entre autres un article de Françoise Aubin intitulé : « Jesus, in the Confrontation between Islam and Christianity Transposed into China ». Un article du révolutionnaire Chen Duxiu (1879-1942) est intitulé : « Jesus, The Incarnation of Universal Love ». Les écrivains catholiques et protestants de l’époque contemporaine sont abondamment cités. L’ouvrage se termine par un article de Chiang Kai-shek (1887-1975) en allemand: «Jesus Christus als Revolutionär ». Quelques rares textes chinois sont également reproduits, souvent autour de gravures et illustrations. Mais l’ensemble des trois volumes est en anglais. C’est une mine à exploiter pour mieux comprendre comment la personne et l’Evangile de Jésus-Christ ont été accueillis ou parfois rejetés par les Chinois au cours de près de quinze siècles d’histoire chrétienne en Chine.