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Zhonglian Juin 2006 N° 121

Le conflit autour des nominations épiscopales, phase actuelle de la Querelle des Rites.

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Le printemps 2006 a soufflé le chaud et le froid sur la vie de l’Eglise en Chine. Deux jeunes évêques ont été consacrés avec l’accord du Saint Siège dans les diocèses de Suzhou (Jiangsu) et de Shenyang (Liaoning). A Suzhou le Père Xu Honggen était nommé par Rome depuis six ans. Il avait le soutien de tous les prêtres de son diocèse. Mais l’Association patriotique des Catholiques retardait sa consécration du fait même que la nouvelle de sa nomination par Rome avait été diffusée. A Shenyang, le P. Pei Junmin, ancien étudiant de théologie en Amérique, a pu être consacré sans trop attendre, grâce peut-être aux bonnes relations de son évêque Mgr Jin Peixian avec les autorités civiles. Son ordination épiscopale a pris place en grande liesse le 7 mai dans la cathédrale de Shenyang (l’ancien Moukden) avec la participation de concélébrants venus de Hongkong et d’Amérique.
L’atmosphère n’était pas si sereine pour les consécrations de deux autres évêques sans l’accord de Rome et sous une lourde pression politique. A Kunming, le père Ma Yinglin avait soumis sa candidature à Rome, mais la réponse se faisait attendre. La date de l’ordination fut reculée une première fois. Mais la direction de l’Association patriotique n’eut pas la patience d’attendre encore. C’est sous un épais nuage de mensonges que l’ordination a finalement pris place le 30 avril. On a fait croire aux évêques concélébrants que l’accord de Rome était garanti. Quant à l’évêque consécrateur, on a eu l’outrecuidance d’aller chercher le vieil évêque de Wuhan très affaibli par la maladie. Les dirigeants patriotiques ont fait peser des menaces sur les évêques et prêtres participants. Les menaces d’ordre financier s’accompagnaient sans doute d’autres chantages, mais elles suffisent à démontrer que l’Association patriotique dispose à son gré des capitaux d’Eglise. Quant au nouvel évêque du Anhui le père Liu Xinhong consacré à Wuhu le 5 mai, sa situation est plus problématique du fait que le refus de Rome était connu. Si l’ordination s’est faite avec son consentement il devrait tomber sous le coup de l’excommunication canonique. Dernière pression gouvernementale : Mgr Li Du’an, archevêque de Xi’an, décédé le 25 mai, avait ordonné en octobre dernier un évêque pour le diocèse de Zhouzhi, Mgr Wu Qingjin. Les autorités civiles sont intervenues fin mai pour lui interdire une célébration sous prétexte qu’il n’est pas reconnu évêque par l’Etat. Il a eu le courage d’outrepasser cet interdit ridicule.
Le vice président de l’Association patriotique M. Liu Bainian est le grand meneur de jeu du côté chinois. Il fait valoir qu’une quarantaine de diocèses de Chine sont sans évêques et qu’il est urgent d’en nommer. Il signale également que les directives romaines sur les conditions à observer pour le choix des évêques ont été respectées. En tant que catholique issu d’une famille du Shandong traditionnellement chrétienne, il est bien au courant du rôle pastoral des évêques. Mais il épouse en même temps la politique du Parti et il s’efforce d’en appliquer les directives. D’où lui vient son pouvoir politique ? Qui sont les dirigeants du Parti partisans d’une indépendance totale des Catholiques de Chine ? Pourquoi obtiennent-ils le soutien de l’ensemble du gouvernement ?
C’est peut-être que le gouvernement chinois actuel réagit de la même manière que l’Empereur Kangxi au XVIIe siècle. En dépit de sa grande ouverture culturelle, cet empereur n’avait pu tolérer que le légat apostolique Mgr de Tournon vienne lui indiquer les directives du pape touchant au loyalisme de ses sujets catholiques : l’interdiction de pratiquer le culte des ancêtres. C’était porter atteinte au principe du Xiao, piété filiale, qui exige la soumission totale des sujets à leur souverain. Car le culte des ancêtres garantissait efficacement le respect des autorités de la famille et de l’Etat. Au siècle dernier, les autorités chinoises se sont souvent heurtées au pouvoir d’évêques missionnaires soutenus par le protectorat français. Cette expérience historique les pousse à voir l’autorité des évêques sur les fidèles comme un pouvoir politique. Si ces évêques sont nommés par le Pape « Empereur de la religion », à qui obéiront-ils en cas de conflit ? Au Pape ou au gouvernement chinois ?
Seule l’évolution actuelle de l’ensemble de la société chinoise vers une vie plus démocratique et un Etat de droit peuvent amener les dirigeants à mieux analyser les rapports entre politique et religion et à sortir d’un féodalisme impérial séculaire. Une séparation mieux définie du politique et du religieux peut préserver la Chine de tout fanatisme pseudo patriotique. Il va de soi que l’Eglise de son côté doit mieux affirmer son rôle purement religieux et moral en se dépouillant de ses revendications de pouvoir pour se présenter en servante de l’humanité, respectueuse de la diversité des cultures. Au moins trois étapes sont à franchir en vue d’un accord : que l’autorité dans l’Eglise de Chine soit clairement confiée à la Conférence épiscopale et non plus à l’Association patriotique; que le Saint siège reconnaisse ensuite cette conférence dans la mesure où elle serait composée d’évêques tous approuvés par Rome : que le Saint Siège laisse enfin à la conférence épiscopale chinoise le soin de nommer les évêques après avoir soumis les candidatures à un accord de Rome.

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