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L’épiscopat chinois décapité.
Date : 05/06/2007
Auteur : Jean Charbonnier
Le franciscain Bernardin Dong Guangqing du diocèse de Hankou, soumis à de fortes pressions, a été le premier à accepter l’épiscopat sans l’accord de Rome en avril 1958. L’archevêque légitime était en prison. Rome devait approuver la nomination du nouvel évêque dans un délai d’une semaine. Ce fut le signal d’une série de consécrations d’évêques illégitimes. Quelques années plus tard en 1966, ces nouveaux évêques devenaient eux-mêmes victimes de la Révolution culturelle et devaient goûter de la prison ou du camp de travail pour une douzaine d’années. A la suite de l’ouverture chinoise pour la modernisation du pays lancée par Deng Xiaoping en 1978, Mgr Dong Guangqing a pu reprendre la direction de son diocèse et obtenir discrètement l’accord de Rome.
Je l’ai rencontré pour la première fois en juin 1982 dans son évêché de Shanghai Road à Hankou. La grande bâtisse voisine de la cathédrale était quelque peu silencieuse et dénudée. L’évêque m’a reçu à l’étage, assis à son bureau. Il y avait près de lui une petite bibliothèque avec une douzaine de livres sur un rayon. C’étaient surtout des manuels latins parmi lesquels je pouvais distinguer un Tanquerey. Mgr Dong me dit alors en montrant ces livres qu’il avait l’intention d’ouvrir prochainement un grand séminaire. Le séminaire régional pour le centre et le sud de la Chine a effectivement été ouvert l’année suivante en septembre 1983. Le séminaire a connu bien des avatars mais j’ai eu la joie de le visiter pour son vingtième anniversaire en 2003 et d’y remarquer bien des améliorations réconfortantes, en particulier dans sa bibliothèque mieux fournie et dans l’usage de plusieurs salles de prière.Trois catholiques et 7 protestants de Chine sortaient du pays pour la première fois. Ils ont été chaleureusement accueillis par les organisateurs canadiens. Les deux évêques Fu Tieshan et Tu Shihua se sont d’abord présentés en costume noir de clergyman avec col romain, l’air un peu tendu et inquiet. Comme je saluai l’évêque de Pékin, il a sorti une cigarette de son paquet et me l’a tendu à la chinoise. Face aux 150 participants, il a dirigé la prière du Notre Père avec beaucoup de ferveur.
Lors d’une visite à Pékin, je me souviens lui avoir offert un bréviaire chinois. En juillet 1985, c’est tout un groupe catholique français dont Mgr Jacques Delaporte qui pouvait lui rendre visite au salon d’accueil du Nantang à Pékin. Interrogé sur la vie de l’Eglise à Pékin, il nous déclara que les catholiques devaient être présents dans la société chinoise pour y être le sel de la terre et la lumière du monde. Je l’ai revu sans doute pour la dernière fois un dimanche à l’église du Beitang où il présidait aux vœux d’un groupe important de religieuses. Le 20 avril 2007, nous étions à nouveau au Beitang avec un groupe d’Amiens, célébrant une messe dans la chapelle des Sœurs de St Joseph. Nous étions loin de nous douter que Mgr Fu Tieshan était en train de mourir du cancer ce jour là.
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